Le député Nabil Boustany verse, dit-il, «un plafond de 30.000 dollars pour la reconstruction d’une église détruite; et 50% du coût de réfection d’une église endommagée. Le reste est pris en charge par les habitants des villages qui à leur tour se réfèrent à la Caisse des Déplacés…». Il signale ensuite que «Walid Joumblatt a délié les cordons de sa bourse personnelle pour aider à la restauration de plusieurs églises…»… Lui-même, précise-t-il, s’efforce de «financer à égalité la reconstruction ou la restauration des différents édifices religieux, chrétiens et musulmans». Ainsi, «du Kesrouan au Chouf, la Fondation Nabil Boustany a participé à la remise en état de 59 églises maronites, 12 grecques-orthodoxes, 15 grecques-catholiques, deux protestantes, une latine, huit mosquées sunnites, trois chiites…» dit M. Boustany qui souligne que «cheikh Pierre el-Khoury a offert bénévolement son assistance pour contrôler l’architecture des nouvelles églises et nous l’en remercions».
Mais voyons un peu ce que ces efforts ont donné jusqu’à présent… Promenade du côté de Moukhtara, Botmé, Kfar Katra, Maasser el-Chouf, Mazraat el-Chouf, Beiteddine… où les clochers sonnent à nouveau.
• L’église Notre-Dame de Moukhtara, construite en 1890 est un bijou en pierre de taille à plan rectangulaire. Architecture «campagnarde» l’église a une nef, sans bas-côtés et pourrait être confondue avec les maisons avoisinantes n’était son superbe clocher à quatre pieds portant des arcs incrustés de motifs floraux. La coupole en pierre surmontée de la croix s’élance du vol de cet aigle — détail sculpté dans le campanile. Les travaux de réfection ont été supervisés par l’architecte Assem Salam qui a réspecté les techniques traditionnelles. L’iconostase entièrement ravagée durant la guerre a été redessinée par l’architecte Pierre el-Khoury et exécutée par un menuisier du village. Les murs en voûtes sont revêtus d’enduit et parés de niches. Côté sud comme côté nord, on accède à l’église par deux portes basses chevauchées d’un arc, et surmontées d’un linteau portant des motifs abstraits.
Légères dissonances
• A Botmé, l’église Sts-Pierre et Paul datant de 1903, garde son enveloppe cubique, austère, percée d’une porte basse surmontée d’un linteau. Une pierre lisse encadre l’arc de l’entrée. La façade est ponctuée de fenêtres à grillage métallique et d’un œil de bœuf. Comme à Notre-Dame de Moukhtara, le toit n’est pas couvert de tuiles rouges, il est plat. Un escalier extérieur mène au clocher. Celui-ci, détruit durant la guerre, a été remplacé par un nouvel élèment de quatre faces à arcs brisés; carré et trapu il «cloche» tristement, il faut le dire, avec la simple mais belle architecture des lieux.
• Le village de Kfar Katra est doté de deux églises. La première, maronite, Notre-Dame de Kfar Katra, construite en 1995 par les soins de Mike Nassar, offre une architecture fonctionnelle de style urbain qui détonne dans ce paysage isolé. La deuxième église, grecque-catholique, en pierre taillée, a été restaurée par l’ingénieur Nadim Nammour. «La porte en bois de chêne, encastrée dans de la pierre lisse, est l’imitation exacte de l’ancienne», dit-il. Le clocher détruit a été reconstruit en pierre bouchardée. Egalement nouveau, l’autel en marbre de Carrare. Le plafond aux poutres apparentes est enduit de peinture blanche. Aucune indication pour savoir à quelle date remonte la construction de ce lieu de culte. «Je suis installée à Kfar Katra depuis mon mariage il y a 50 ans. L’église existait déjà. Je me rappelle qu’elle avait un toit en tuiles rouges... On me disait qu’elle était construite depuis pas mal de temps», raconte une habitante du village.
Sur le plan général, une impression de calme et de simplicité se dégagent des églises de cette région. Simplicité d’une architecture rurale mais aussi souci d’un fonctionnalisme pur. Aucun aspect n’est superflu. Chaque élément a son utilité. L’église est un lieu de rassemblement où les regards doivent converger vers l’autel.
• Une coupole qui se dessine de loin parmi les toits rouges de Maasser el-Chouf… L’église Mar-Mikhaïl affiche avec ostentation les draperies en pierre et les colonnes d’un campanile entièrement recréé à partir d’une épure de Yola Charles Noujeim, architecte qui a dessiné aussi l’iconostase démolie. La remise en bon état de l’intérieur de ce lieu de culte, tout en voûtes de pierres croisées et de la petite galerie qui s’élève au-dessus des bas côtés, est en cours.
• Dans les vallons de la montagne libanaise, la marche vers le spirituel s’interrompt à Mazraet el-Chouf. Aucune trace de clocher. En effet, les deux églises du village, laissées à l’abandon, sont dans un état de délabrement total. L’une, traversée de colonnes, date des années 50. L’autre, selon l’ingénieur Nammour, remonte à plus de deux siècles. Les murs gardent des morceaux de fresque. La composition de la façade principale, une porte basse encadrée d’une fenêtre étroite, trouve ses origines dans la vocation de défense et de résistance des églises à une période lointaine. Un lieu digne d’un patrimoine à sauvegarder. A la question de savoir pourquoi ces églises sont délaissées, M. Nabil Boustany répond en affirmant que «le retard ne vient pas de nous, mais des habitants. Quand ils décideront d’entreprendre le travail, je ne manquerai pas de faire le nécessaire…». Il en va ainsi pour Maasser Beiteddine, Niha, al-Fawara, Ammik et bien d’autres localités.
• Dernière étape, Beiteddine. Son église, Mar-Youssef, est l’édifice le plus important de la montagne du Chouf. C’est aussi le seul qui porte une horloge. Ses voûtes en berceau surplombent une nef de 22 mètres de long et de 12 mètres de large. Son ancien autel, semblable à celui de Bkerké, a été détruit. Il est aujourd’hui remplacé par une pierre naturelle locale. Construite en 1829, l’église a été sérieusement endommagée durant la guerre. Sa remise en état a été faite selon des normes de la construction traditionnelle...
Petites ou grandes, ces églises dégagent une sensation de pénombre mystérieuse. Ambiance si propice à la méditation… d’un Liban serein.
May MAKAREM


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