Les ventes d’entreprises publiques devraient rapporter à l’Etat espagnol les coquettes sommes de 2.000 milliards de pesetas (13,3 milliards de dollars) en 1997 et de 1.500 milliards en 1998, a affirmé mardi soir le très libéral ministre de l’Industrie, Josep Piqué.
«Nous arrivons enfin à une vitesse de croisière dans la politique de privatisation», a ajouté M. Piqué, un des principaux artisans de cette politique.
Le gros morceau des privatisations cette année vient d’être programmé pour octobre prochain avec la cession de 35% du capital du géant de l’électricité, Endesa, entreprise espagnole la plus bénéficiaire, actuellement détenue par l’Etat à hauteur de 67%.
Même partielle — le reste du capital aux mains de l’Etat sera vendu l’an prochain — cette vente représentera jusqu’à 1.100 milliards de pesetas et constituera la plus importante opération de privatisation jamais menée en Espagne.
Elle viendra couronner une année pendant laquelle le gouvernement a déjà fini de privatiser totalement deux autres fleurons de l’industrie espagnole: le groupe de télécommunications Telefonica (600 milliards de pesetas avec la vente en février de 21% du capital) et la compagnie pétrolière Repsol (180 milliards à travers la cession en avril de 10% du capital).
Le programme de privatisations ne touche pas seulement les «joyaux de la couronne», mais aussi les «canards boîteux».
L’exécutif a annoncé mardi, en quelques heures, la vente de deux groupes de l’industrie lourde fortement déficitaires. Inespal (aluminium) va être cédé à l’Américain Alcoa et CSI (sidérurgie) sera acquis (35% du capital) par le groupe luxembourgeois Arbed.
a l’automne prochain, commencera également la privatisation de la compagnie aérienne Iberia qui vient de sortir du rouge après avoir accumulé d’énormes pertes ces dernières années.
Pour mener à bien cette politique, l’exécutif profite des performances de l’économie espagnole qui attire les investisseurs étrangers, mais bénéficie aussi de la bonne tenue des marchés boursiers et de l’accueil très favorable du grand public. En avril dernier, lors de la vente de Repsol, la demande d’actions de la part des petits investisseurs avait dépassé 44 fois l’offre.
en accélérant le mouvement de privatisations qui avait été lancé sous le précédent gouvernement socialiste, l’exécutif conservateur, au pouvoir depuis mai 1996, veut libéraliser l’économie et renforcer la concurrence, afin d’accélérer la croissance et les créations d’emplois dans un pays qui conserve le taux de chômage le plus élevé de l’Union européenne (près de 21%).
Les recettes des privatisations constituent également un bon moyen de financer les gros travaux d’infrastructures (routes...) en cette période d’austérité budgétaire, et de réduire en même temps l’endettement public, le service de la dette et donc le déficit de l’Etat.
La dette publique espagnole atteint près de 70% du produit intérieur brut (PIB) au lieu de 60% imposé par le Traité de Maastricht. elle devrait être, selon le gouvernement, le seul critère que l’Espagne ne respectera pas à la fin de cette année pour participer à la monnaie unique européenne. (AFP)

