Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Opinion Fallait-il un public

Ramzi el-Kallab, 19 ans, étudiant en mathématique spéciale à Sainte-Geneviève, à Paris. Au Liban pour les vacances d’été, il en a profité pour suivre la finale du double de tennis. Ses impressions.
ATCL, court principal, le 23 juillet.
Le Liban, auquel était promise cette médaille d’or, rencontrait l’Egypte en finale du tournoi de tennis par équipe. Bravo d’abord aux joueurs libanais pour leur performance.
Même menés un match à zéro ils ont su trouver les ressources nécessaires pour l’emporter finalement. Bravo aussi aux joueurs égyptiens qui ont su, même dans les moments difficiles, conserver une dignité dans la contestation qui aurait dû forcer le respect du public.
Il a suffi d’une bande de 8 surexcités, d’un «meneur» habillé de drapeaux libanais, pour transformer l’événement en un show vulgaire. Des publics «chauds», il en existe partout dans le monde. Des publics indisciplinés aussi, des publics chauvins encore plus. Mais ni les Italiens supportant Ferrari, ni les Grecs encourageant l’AEK Athènes, ni les Français vantant Leconte n’ont atteint, même réunis, l’incroyable «performance» du public libanais de ce jour.
On aimerait bien croire que tous les spectateurs sont des médecins durs d’oreille obligés de garder le «cellulaire» allumé et le volume de la sonnerie au plus haut. On aimerait bien croire aussi qu’ils ont tous un regard d’aigle car sinon comment expliquer qu’un spectateur s’écrie en plein échange «faute» interrompant les joueurs dans leur élan, ou alors qu’un autre se lève, furieux, le poing menaçant, pour invectiver un responsable en insultant l’arbitre: «Cet imbécile n’a rien vu, qu’en sait-il?Ils sont en train de mentir, elle est à l’intérieur», Il est vrai que de son dernier rang on voit tellement mieux que les juges de ligne. On aimerait croire enfin que l’arbitre est un vendu, car sinon pourquoi le huer lorsqu’il osait demander le silence dans les gradins?
Ce qui s’est passé à l’ATCL est inadmissible. La vulgarité des supporters libanais, leur immaturité et surtout leur irrespect des règles les plus élémentaires de civilité sont de loin plus dégradantes ou humiliantes que, pour reprendre la critique d’un des héros du jour, les petites erreurs dans l’affichage des scores. Le plus décevant et surtout le plus alarmant est que ce n’était pas là un phénomène isolé, mais bien un trait de société du nouveau Liban que l’on construit à grands coups de dollars. A quoi bon dépenser la moindre livre en feux rouges ou en passage piétons alors que bon nombre de conducteurs libanais pensent que les lignes au milieu de l’autoroute sont bonnes pour un jeu consistant à rouler dessus sans s’en éloigner. Le problème du Liban n’est pas dans ses infrastructures, ni dans son potentiel mais bien dans un manque de conscience civile bien plus grave qu’il n’y paraît. Les années de guerre ont certes émoussé les réactions et habitué aux violations de toutes les règles élémentaires de civilité, mais le problème n’en est pas moins grave. La finale de tennis par équipe en est l’illustration: l’infrastructure était presque au rendez-vous, les joueurs ont répondu présents, mais pourquoi, au nom de Dieu, fallait-il avoir un public?

Ramzi el- KALLAB
Ramzi el-Kallab, 19 ans, étudiant en mathématique spéciale à Sainte-Geneviève, à Paris. Au Liban pour les vacances d’été, il en a profité pour suivre la finale du double de tennis. Ses impressions.ATCL, court principal, le 23 juillet.Le Liban, auquel était promise cette médaille d’or, rencontrait l’Egypte en finale du tournoi de tennis par équipe. Bravo d’abord aux joueurs libanais pour leur performance. Même menés un match à zéro ils ont su trouver les ressources nécessaires pour l’emporter finalement. Bravo aussi aux joueurs égyptiens qui ont su, même dans les moments difficiles, conserver une dignité dans la contestation qui aurait dû forcer le respect du public.Il a suffi d’une bande de 8 surexcités, d’un «meneur» habillé de drapeaux libanais, pour transformer l’événement en un show...