Ces projets sont, pour l’heure, limités à la partie ouest de la ville, habitée par des Israéliens. Par leur ampleur, ils menacent néanmoins le caractère de la Ville sainte, de l’avis des défenseurs de l’environnement et des associations de quartiers, ligués pour les mettre en échec.
La municipalité, dirigée par M. Ehud Olmert, député du parti Likoud du premier ministre Benjamin Netanyahu, a abrogé il y a trois ans les réglementations interdisant de construire en hauteur au centre-ville.
Mais depuis, la construction de dix tours a été autorisée à Jérusalem-Ouest et une vingtaine d’autres sont en projet, indique-t-on à la mairie.
«Qui veut développer la ville et donner vie à son centre n’a d’autre choix que d’encourager la construction en hauteur, compte tenu de la concentration de la population en Israël», a affirmé l’ingénieur en chef de la ville, Uri Ben Asher.
Selon lui, les bâtiments ne devraient toutefois pas dépasser 25 étages et leur construction ne porterait pas atteinte au caractère historique et religieux de la ville.
En revanche, pour l’architecte Michael Turner, conseiller en planification, «la construction de tours risque de défigurer la ligne d’horizon constituée par les collines de Jérusalem (comme le mont des Oliviers), qui revêt une signification sacrée».
Dans la fièvre de construction qui saisit la municipalité israélienne, cet urbaniste de renom décèle des motivations nationalistes ou l’appât du gain de promoteurs liés à des hommes politiques.
«C’est le syndrome de la tour de Babel, on construit de plus en plus haut pour bien montrer que Jérusalem est juive», dit-il. Il explique qu’une vieille tradition, commune aux trois grandes religions monothéistes, associe la puissance à la hauteur des bâtiments.
Le géographe Shlomo Hasson, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, accuse la municipalité d’avoir refusé d’établir un plan directeur d’urbanisme qui aurait force de loi, soulignant que le dernier plan remonte à 1958.
«L’absence de plan permet de garder les mains libres pour poursuivre l’expansion de la cité à l’est. Elle arrange bien les entrepreneurs, qui souhaitent construire sans contrainte», affirme-t-il.
Pour l’urbaniste Meron Cohen, tout le mal vient de ce que les choix urbains répondent à des impératifs politiques.
«La municipalité craint que la population arabe vivant à l’est dépasse le seuil fatidique des 30%. Elle s’efforce donc d’augmenter la proportion des juifs, en particulier laïcs, mais cette aspiration se heurte à la pression des ultra-orthodoxes (28% de la population) qui réclament de plus en plus d’habitations», souligne-t-il.
«Résultat, on construit à tour de bras», déplore M. Cohen. La solution à long terme envisagée par la municipalité est la mise en service de tramways, mais le coût, estimé à 750 millions de dollars, est trop élevé pour offrir une solution prochaine à l’engorgement de la ville.
La Société de protection de la nature, préoccupée par la pollution croissante, dénonce la construction dans les vallées boisées, alors que les espaces verts de la ville n’occupent que moins de 5% de la superficie globale.
Jérusalem, qui s’étend sur 12.300 hectares, compte 591.000 habitants, dont 417.000 juifs et 174.000 Arabes qui vivent dans le secteur oriental annexé, selon des chiffres datant de fin 1995.(AFP)


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