Ce jugement rendu la semaine dernière par le tribunal de Tel-Aviv a été salué par les féministes ainsi que les experts juridiques qui estiment qu’il va faire jurisprudence et encourager des femmes ayant connu les mêmes mésaventures à porter plainte.
«C’est un important précédent car les femmes jusqu’à présent n’osaient pas s’adresser à la justice», souligne le député Naomi Hazan, du parti d’opposition de gauche Meretz.
Mais les femmes devront faire preuve de courage pour affronter le système judiciaire, le scepticisme de la police et l’absence d’une loi punissant spécifiquement le harcèlement sexuel. Les victimes ne peuvent pour le moment s’appuyer que sur une loi contre les abus de pouvoir sur les lieux de travail.
Jusqu’à présent, ceux qui tombaient sous le coup de cette loi se voyaient infliger des amendes légères de 1.400 dollars et quelques mois de travaux d’utilité publique.
Le tribunal de Tel-Aviv a pour la première fois utilisé cette loi pour punir un délit sexuel.
Selon les attendus du verdict, Rafael Arbiv, 54 ans, a exploité sa position de directeur d’une entreprise de confiserie au sud de Tel-Aviv pour persuader une employée, dont le nom n’a pas été divulgué, d’avoir des relations sexuelles avec lui, a précisé le quotidien Haaretz.
Il a été condamné à une peine de 9 mois de prison assortie d’un an de prison avec sursis, d’une amende de 450 dollars. Il devra également verser une indemnité de 3.000 dollars.
Lorsqu’il a fait part de ses intentions à son employée, celle-ci n’a pas répondu à ses avances. Rafael Arbiv lui a alors confié un poste plus difficile, il n’a accepté de la ramener à son poste précédent que lorsqu’elle a cédé.
L’employée, une femme mariée et mère de deux enfants, a immigré récemment de l’ex-URSS. Elle a accepté d’avoir des relations sexuelles, parfois plusieurs fois par jour, pour ne pas perdre son emploi.
Viol
Bien qu’elle ait été consentante, le juge Amiram Benjamini a estimé que Rafael Arbiv avait usé de son pouvoir pour parvenir à ses fins.
«Malgré le fait que l’accusé n’a pas d’un point de vue juridique violé la plaignante, il l’a en fait violée mentalement», a aussi estimé le juge.
La décision a été saluée par le quotidien Haaretz qui déplore que «de trop nombreuses plaintes déposées par des femmes et des enfants, qui ont été violés, ont abouti à des arrangements ou des verdicts absurdes».
Mme Hazan et six autres députés ont annoncé qu’ils allaient présenter cette année un projet de loi contre le harcèlement sexuel.
Peu d’études ont été réalisées sur ce problème en Israël. Selon un récent sondage effectué auprès d’étudiantes, 50% d’entre elles ont affirmé avoir été victimes de harcèlement sexuel.
«Le harcèlement sexuel est plus répandu en Israël que dans les pays européens en raison de la culture machiste qui entoure l’armée, le plus grand employeur du pays», affirme Mme Carmel Eitan, porte-parole de l’organisation de défense des droits des femmes, Naamat.
«En outre, le judaïsme n’a pas vraiment une position très avancée concernant les femmes», déplore Mme Eitan qui cite le rabbin Ovadia Yossef, le chef spirituel du parti ultra-orthodoxe Shass, qui a récemment comparé les femmes à des ânes.
«Celui qui marche entre deux chameaux ou deux ânes risque d’être transformé en chameau ou en âne. De la même façon, un homme ne doit pas marcher entre deux femmes», a affirmé le rabbin. (AFP)

