Tung Chee-hwa, le nouveau chef de l’exécutif, a prêté serment et l’assemblée provisoire nommée par Pékin a tenu sa première session formelle.
A l’approche de l’aube, alors que le prince Charles et le gouverneur Chris Patten quittaient le Rocher à bord du «Britannia», les formalités pour asseoir le pouvoir chinois sur l’ancienne colonie britannique se sont accélérées. La Région administrative spéciale (RAS) a commencé à prendre forme.
Tung Chee-hwa, un milliardaire de soixante ans, a été investi chef de l’exécutif. Il remplace le dernier gouverneur britannique du territoire après 156 années d’administration coloniale.
Son gouvernement, formé de 24 ministres et dirigé par Anson Chan, a ensuite prêté serment, suivi par les 60 membres de l’assemblée provisoire qui succède au Conseil législatif (Legco) mis en place par les Britanniques.
La nouvelle Chambre a aussitôt approuvé diverses mesures dont la restriction du droit à manifester et l’interdiction des sources extérieures de financement des partis politiques de la RAS.
Cérémonie parallèle
Depuis le douzième coup de minuit ce n’est plus l’Union Jack qui flotte sur le Rocher, mais le drapeau rouge de la République populaire de Chine et celui, frappé d’une orchidée blanche, de Hong Kong.
De nombreux dignitaires étrangers ont assisté à la cérémonie d’investiture. Mais elle a été boycottée par le secrétaire d’Etat américain, Madeleine Albright, et le premier ministre britannique, Tony Blair, qui entendaient protester contre la décision de Pékin de remplacer le Legco, démocratiquement élu.
Madeleine Albright est même intervenue dès lundi auprès de son homologue chinois, Qian Qichen, pour obtenir la libération de l’opposant Wei Jinsheng avant le sommet sino-américain prévu en octobre.
Depuis le balcon du Legco, Martin Lee, le chef de file des démocrates, a organisé une «cérémonie parallèle» de rétrocession pour marquer sa désapprobation et promettre de poursuivre son combat pour la démocratie.
«Nous sommes prêts à défendre la liberté que nous chérissons. Nous sommes prêts à œuvrer avec la Chine pour édifier un avenir meilleur à Hong Kong et en Chine», a-t-il déclaré sous les applaudissements de milliers de sympathisants.
Le président chinois, Jiang Zemin, s’est efforcé de rassurer la communauté internationale, déclarant que la rétrocession de Hong Kong ne porterait pas atteinte aux libertés de la population de l’ancienne colonie.
Clinton confiant
A Washington, Bill Clinton a déclaré qu’il espérait que ces promesses — conformes à l’accord sino-britannique de 1984 — seraient tenues.
«L’accord stipule qu’il y aura maintenant une Chine et deux systèmes. Il est difficile d’avoir un système politique avec élections libres, liberté d’expression et presse libre sans l’expression d’opinions divergentes», a-t-il affirmé.
De son côté, le président russe, Boris Eltsine, a félicité Pékin . «J’ai bon espoir qu’après la restauration de la juridiction chinoise sur Hong Kong, ce territoire restera le centre financier et économique florissant de l’Asie et du monde entier», écrit-il dans une lettre à Jiang Zemin rendue publique par le Kremlin.
Taipeh, en revanche, s’est montré réservé, soulignant que cette rétrocession ne créait pas de précédent et que Taïwan n’accepterait jamais d’être rattaché à la Chine communiste.
A Pékin, le Parti communiste qui s’attribue la paternité de la récupération «en douceur» de cette «Mecque du capitalisme mondial» qu’est Hong Kong a promis d’organiser des élections locales «démocratiques» en mai 1998.
Alors que Hong Kong fêtait la rétrocession au son des pétards et des cornemuses, une centaine de milliers d’invités ont attendu de fêter l’événement, les yeux rivés sur une horloge géante érigée sur la place Tiananmen.
A Londres, la disparition du dernier confetti asiatique de leur empire colonial a été suivie de loin, un peu à l’image de Margaret Thatcher, l’une des architectes de l’accord de 1984, qui s’est déclarée à la foi «fière et attristée».
Pendant que l’empire britannique faisait ses adieux en fanfare en tirant un feu d’artifice dans le port de Victoria, les premiers soldats de l’Armée populaire de libération (APL) pénétraient sur le Rocher.
Cette avant-garde sera renforcée dès mardi par environ 4.000 hommes venus de Chine par voies terrestre, maritime ou aérienne. (AFP)


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