Vainqueur de l’impeccable Australien Patrick Rafter en quatre sets intenses, 6-7, 6-1, 7-5, 7-6, le Catalan n’est plus qu’à un match d’un exploit qui le situerait parmi les plus grands.
Seuls Bjorn Borg (6), Henri Cochet (5), René Lacoste (3), Mats Wilander (3) et Ivan Lendl (3) ont remporté trois fois les Internationaux de France.
En travers de sa route, le Catalan, tête de série numéro 16, trouvera pourtant l’un des adversaires les plus redoutables — parce qu’imprévisible — qui soient: le Brésilien Gustavo Kuerten.
Modeste 66e mondial, la sensation de cette édition, marche lui aussi sur les traces de Wilander.
S’il l’emportait en effet dimanche, et sa victoire probante contre le Belge Filip Dewulf (6-1, 3-6, 6-1, 7-6) laisse penser qu’il en est capable, le jeune excentrique de Florianopolis deviendrait le premier joueur non tête de série à s’imposer à Roland-Garros depuis le Suédois en 1982.
Le Brésilien aux allures d’apache s’est déjà offert le scalp de deux anciens vainqueurs, Thomas Muster et Evguéni Kafelnikov. S’il y ajoutait celui de Bruguera, Kuerten aurait tout bonnement battu les trois derniers vainqueurs de l’épreuve.
Mais le Catalan, poussé dans l’ombre pendant deux saisons par une blessure tenace au genou, n’est pas homme à laisser passer cette chance d’effectuer un fracassant retour.
Face à Rafter, ultime représentant de ce tennis d’attaque qui échoue chaque année aux portes de la finale à Roland-Garros, il a en effet fait montre d’une redoutable pugnacité.
Le fait marquant de cette partie de 2h53, bien plus que les six balles de match obtenues par l’Espagnol dans l’ultime tie-break, fut sans doute son retour foudroyant dans le troisième set alors que, mené 5-2 et après avoir sauvé deux balles de set, il est revenu de l’enfer pour l’emporter 7-5.
Rafter, qui disputait là sa première demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem, a encore compté deux nouvelles balles de set dans le quatrième. Toujours en vain.
«C’est un match qu’il aurait pu gagner parce qu’il a eu beaucoup de chances», a avoué Bruguera.
Mais c’est justement le dos au mur que l’Espagnol a été le plus impressionnant d’intensité.
«Contre lui, il faut redoubler d’intensité sur tous les points. Chaque fois que tu joues court, il monte à la volée. Il ne te laisse pas respirer», a-t-il expliqué.
Le public non plus n’a guère eu le temps de souffler dans cette belle opposition de styles. Quant à Kuerten, il devrait, en toute logique, se présenter dimanche épuisé après quatre parties âprement disputées.
Le Brésilien a une nouvelle fois livré une partie difficile face à Dewulf, un peu déplacé à ce stade de la compétition après en être passé par les qualifications.
Vendredi, le premier Belge en demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem depuis 1958 a fait mieux que se défendre.
Après une première manche expéditive de 26 minutes, où le feu follet brésilien l’avait baladé sur le court de ces grands coups droits, Dewulf, 122e mondial, s’est risqué à la volée et est parvenu à faire douter son adversaire pendant une manche (3-6).
Par la suite, le Brésilien, dont la tenue colorée risque de devenir rapidement un must des courts de l’Hexagone, a repris le dessus jusqu’à la fin du 4e set, où son bras de vingt ans s’est mis à trembler.
Ainsi, à la plus grande joie du public, alors que Kuerten servait pour le match à 5-4, Dewulf a tenté le tout pour le tout pour s’emparer de son engagement et se détacher à 6-5.
Dans le tie-break, sa classe mais aussi la chance ont fait la différence, puisque Kuerten a obtenu deux balles de match grâce à une balle freinée par le filet.
«Peut-être que Dieu est brésilien!», a-t-il plaisanté.
Réponse dimanche.

