Dans un livre-enquête, les «réseaux d’Allah» en France et en Europe, paru aux éditions Plon, Antoine Sfeir offre le premier panorama de ces filières qui sous couvert de la propagation de l’islam, forment un front silencieux du refus.
Le directeur de la revue les Cahiers de l’Orient, basée à Paris, estime que la communauté musulmane française d’origine maghrébine, démunie d’une structure représentative, est devenue la proie d’associations islamistes hostiles au modèle intégrationniste.
Ici est le principal péril, estime-t-il, même si la surveillance policière est braquée sur les groupes terroristes, comme le Groupe islamique armé algérien qui a perpétré une vague d’attentats meurtriers en France.
Quelque deux cents islamistes présumés se trouvent actuellement dans les prisons françaises, en liaison avec ces attentats ou des filières d’aide aux groupes islamistes armés algériens.
«La France et la Belgique sont les pays européens où les Frères musulmans tentent de prendre le contrôle des associations qui se sont développées légalement», souligne Antoine Sfeir, notant que la «rivalité est acharnée».
Souvent financés par des groupes ou pays étrangers, dont l’Arabie Séoudite, ils pratiquent un double langage, dénonçant les extrémistes tout en prêchant la non-intégration et manipulant les jeunes «beurs» d’origine maghrébine.
A côté du courant égyptien des Frères musulmans, qui porte la paternité de l’islamisme contemporain, celui d’An-Nahda du Tunisien Rachid Ghannouchi se retrouve au sein de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF).
Cette association, une des plus actives, avait lancé la bataille du «voile islamique» pour tenter de contraindre les collèges publics français, officiellement laïcs, à accepter les jeunes musulmanes porteuses du voile.
Les mosquées et lieux de culte sont devenus le champ clos de la rivalité des groupes piétistes comme le Tabligh d’origine indo-pakistanaise ou le mystérieux Al-Ahbache, parti du Liban pour essaimer en France et en Europe.
«Ce sont les adversaires les plus acharnés de cette philosophie française d’intégration-citoyenneté», note l’auteur, qui souligne aussi que si «la France a intégré des musulmans elle n’a pas encore intégré l’islam».

