L’euro avait pourtant été présenté comme une raison majeure d’accélérer de dix mois le calendrier des élections législatives.
En annonçant le 21 avril la dissolution de l’Assemblée nationale, le président Jacques Chirac avait demandé «l’adhésion et le soutien» des Français pour aborder, «en position de force», les «négociations difficiles» de la construction européenne, et en particulier le passage à l’euro.
La droite, ayant ainsi placé l’Europe au centre de la campagne, a d’abord stigmatisé les divergences de la gauche: les socialistes, au gouvernement lors de l’élaboration du Traité de Maastricht, sont alliés aux communistes traditionnellement anti-européens. La gauche a répliqué en accusant la droite d’«accepter l’euro sans condition».
Puis ce thème profondément diviseur de la société française s’est progressivement effacé faute de s’intégrer dans l’alternative droite/gauche.
La dernière semaine de campagne, particulièrement riche en rendez-vous européens (réunion des ministres des Affaires étrangères des Quinze et rencontre Chirac-Kohl mardi, puis sommet européen informel aux Pays-Bas vendredi) voit cependant ressurgir un débat européen recentré.
Le leader socialiste Lionel Jospin, qui avait provoqué une mini-tempête sur les marchés financiers en début de campagne en assurant qu’il refuserait le passage à la monnaie unique «au prix d’une cure d’austérité», et en demandant un «pacte de solidarité et de croissance», a assuré samedi que «tout le monde est en train de se retrouver sur les conditions que les socialistes proposent pour le passage à la monnaie unique».
M. Jospin est même allé jusqu’à prendre à son compte les axes défendus par le gouvernement de M. Chirac depuis plusieurs mois: «un gouvernement économique face à la banque centrale, un euro qui ne soit pas surévalué face au dollar (…et) que l’Italie et l’Espagne soient dès le début dans la monnaie unique».
A droite, le président gaulliste de l’Assemblée dissoute Philippe Séguin, un opposant au Traité de Maastricht en 1992, a remis la construction européenne et «le rendez-vous de 1998» au centre de la campagne.
Dans un entretien accordé lundi à un nouvel hebdomadaire de la gauche indépendante, «Marianne», M. Séguin, dont les positions pour une politique sociale de la droite avaient été perçues comme un élément essentiel de la victoire électorale de M. Chirac en 1995, a assuré qu’il ne demandait pas de nouveau référendum sur la monnaie unique à laquelle il «ne pose aucune condition».
Il a toutefois ajouté des nuances de taille, considérant qu’«il y a des ouvertures et des interprétations possibles». «Sans renégocier le Traité (de Maastricht), on peut le préciser, l’adapter», assure M. Séguin, souhaitant faire de l’emploi «l’objectif primordial» de la construction européenne.
Les partis minoritaires, quant à eux, restent pratiquement tous sur des positions violemment anti-européennes.
A l’extrême droite, le président du Front national Jean-Marie Le Pen a même accusé le président Chirac et son premier ministre Alain Juppé de réaliser «le rêve d’Adolf Hitler» en participant à la construction européenne.
Les communistes comme les leaders de petits partis qui avaient fait campagne en 1992 contre le Traité de Maastricht, l’ex-ministre socialiste de la Défense Jean-Pierre Chevènement et l’ex-secrétaire d’Etat à la Culture Philippe de Villiers, qui se revendique d’une «droite indépendante», ont de leur côté réitéré leurs demandes d’un nouveau référendum.


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