Libérés, l’espace d’une visite, des forces contripètes qui n’ont pas retrouvé leur équilibre à l’issu de la guerre, les Libanais ont émis une onde positive qui s’est étendue à tout le pays, toutes tendances confondues.
La paix, la liberté, telles que souhaitées dans les messages papaux, nous ne les retrouverons vraiment qu’avec la paix régionale, qui devrait permettre de dégager à nouveau l’énergie unique d’un Liban uni bien au-delà de ses frontières.
En attendant, comment canaliser nos jeunes qui débordent d’idées mais n’ont pas les moyens de s’exprimer? Comment se rapprocher de la démocratie tant souhaitée dans une région où la tentation totalitaire l’emporte sur le reste, et où religion et politique flirtent parfois dans une liaison dangereuse, où les sentiments d’amour sont remplacés par ceux de profit et de manipulation? Comment se rapprocher de cette paix intérieure pour établir les bases de la nation de demain, nation-message pour le monde?
Le pape, ce pape plus précisément, inspire les valeurs de la chrétienté, celles qui incitent à la réflexion afin que l’homme puisse donner le meilleur de lui-même; et la sagesse du Vatican a pu réunir un message unique et propre au Liban à travers l’Exhortation apostolique qui sera le pendant spirituel de la constitution de Taëf; d’autant que le Liban a besoin aujourd’hui d’une âme sereine, plus que d’une constitution sans âme.
Peut-être les Libanais, toutes tendances confondues, avaient-ils besoin d’une grande purification pour laver leurs péchés et se faire pardonner pour le mal qu’ils se sont infligés, et qui a souvent débordé leurs frontières. Et pourtant, au-delà des frustrations, comment ne pas reconnaître que tout devient possible si la visite du pape l’a été avec des mesures sécuritaires exemplaires, conduites avec sérénité, et avec pour toile de fond une volonté profonde populaire d’unité nationale et d’ouverture: témoin de ce grand moment; malgré les soubresauts cahotiques qui ont caractérisé l’action politique des derniers mois.
La vérité est que le Liban est bien là, malgré les doutes et les incertitudes qui nous poussent à une remise en question permanente tant que certaines grandes questions nationales ne sont pas résolues.
Et tant pis si, avant de retrouver des partis politiques dignes de ce nom, les communautés se retrouvent autour de leurs chefs religieux, avant de rediriger leur action civile dans des organisations politiques, à condition que l’engagement soit noble et que cette période intérimaire ne se prolonge pas. La charge des chefs religieux et leur responsabilité est donc lourde, car la tentation de récupérer et de garder ce pouvoir populaire est grande. N’est pas le pape qui veut, avec le cœur pur et l’âme de la communion universelle. Cette étape est également nécessaire pour un dialogue islamo-chrétien mené au plus haut niveau religieux avec l’émergence en parallèle d’organisations politiques laïques, démocratiques et nationales.
Quant aux jeunes qui ont montré leur pouvoir durant la visite et qui ont exprimé le désir d’investir leur volonté et leur énergie, ils devront faire preuve d’imagination, d’ouverture pour renouveler les valeurs de base inspirées par le message du pape et d’autres autorités islamiques et chrétiennes issues d’un riche passé, qui seront le Liban de demain. Leurs aînés devront accepter de concentrer une large partie de leur action à un dialogue avec eux, afin que, lorsque l’occasion se présentera, la relève soit assurée, celle qui pourra lever sereinement le drapeau, sans sectarisme, sans volonté de revanche, résolument tendue vers l’avenir.
En attendant, tout est à faire, si l’on accepte le chemin difficile qui nous est présenté, à l’ombre d’une occupation au Sud qui a des retombées sur tout le Liban et au-delà; pour remonter pierre par pierre les institutions en échappant au découragement dû à certaines anomalies flagrantes.
Les Libanais, qui se désengageaient lentement, ont redécouvert leur foi, des mots simples, des valeurs sûres, qui valent plus que n’importe quel discours, une foi qui peut arrêter les gangrènes, les hémorragies et le pourrissement, en attendant de soulever des montagnes, quand le brouillard régional qui recouvre le Liban, se lèvera, à l’instar de ce qui s’est passé, l’espace d’une visite, d’un grand souffle saint.


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