De SOS Papa, pères divorcés réclamant les mêmes droits que leurs ex-femmes auprès des enfants, aux adeptes de la lévitation, en passant par les chômeurs, ils entendent profiter de la tribune que leur offrent les législatives pour dire, une fois n’est pas coutume, ce qu’ils ont sur le cœur.
A moins qu’ils ne veuillent profiter des «cadeaux financiers» que leur apporte sur un plateau d’argent la législation. Pour palier l’interdiction du financement politique par les entreprises, l’Etat octroie depuis 1988 à tout parti qui présente au moins 50 candidats, une aide d’environ 11 FF (2 dollars) par an et par voix obtenue, et cela même s’il n’a pas d’élu.
Beaucoup ont saisi l’aubaine. Un ancien candidat — déjà marginal — à la présidence de la République en 1995, Pierre Larrouturou, militant invétéré de l’«Union pour la semaine de quatre jours», présente ainsi 200 candidats.
Mais cette loi généreuse et non discriminatoire peut avoir des effets pervers. Outre le financement de l’extrême-droite, rejetée par la totalité de la classe politique, elle permet de renflouer les caisses des sectes qu’elle-même pourchasse.
Le Parti de loi naturelle, qui prône la méditation transcendentale et le «vol yoguique» comme remède au chômage, reçoit ainsi chaque année près de 300.000 FF (60.000 dollars) d’aides publiques, après avoir recueilli 0,5% des voix aux dernières législatives de 1993, avec 135 candidats. Cette secte en présente 200 aux législatives des 25 mai et 1er juin, dont son chef Benoît Frappé.
La démocratie peut aussi se trouver piégée. Un membre de l’Eglise de scientologie, poursuivie par la justice en France et que l’Allemagne veut placer sous surveillance, est candidat dans l’ouest du pays, offrant à sa secte une tribune qui lui serait autrement refusée.
Pour ou contre
Farfelus ou sérieux, sincères ou combinards, illuminés ou volontaires, ces petits candidats veulent faire passer un message pour — la poésie, la notion de bonheur dans la politique, la détaxation des produits de première nécessité, un lycée dans leur ville — ou contre — l’économie monétariste, le système élitiste d’enseignement supérieur, la corruption...
Un fils d’immigrés de Tanger, arbitre de football qui enseigne à la faculté de droit, Olivier Abdou Taoumi, se présente près de Lyon (Est), pour «faciliter le dialogue entre Français et étrangers», tandis qu’un Français musulman, Mohamed Ennacer Latreche, brigue des suffrages près de Lille dans le Nord, au nom d’un parti «musulman» contraire au modèle laïc français.
Il y a aussi de nombreux chômeurs, membres de l’armée des plus de 3 millions de sans emplois que compte la France, un taux record de 12,8% de la population active. Alain Voyer, «homme au foyer» de 39 ans qui fait campagne avec son bébé dans la poussette, a failli en perdre ses allocations chômage...


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine