Commencée en Afrique du Sud dans les années 1860 par l’incontournable De Beers, l’industrie contemporaine du diamant semble étroitement liée aux malédictions du Zaïre, mais aussi de l’Angola, du Liberia, de Sierra Leone, ou dans une moindre mesure de Centrafrique et de Guinée, alors que l’Afrique fournit actuellement la moitié de l’offre mondiale de diamants, relève ce livre de 243 pages.
Les auteurs — Olivier Vallée, économiste déjà auteur d’ouvrage sur le franc CFA ou sur les entrepreneurs africains, et François Misser, journaliste — démontrent de manière précise comment se sont enchaînés les conflits politiques et militaires pour l’appropriation d’une des dernières ressources facilement commercialisables d’une Afrique enlisée dans l’ajustement et la dette.
Après les «pétrocraties» et les «narcotracies», les nombreux «scandales géologiques» du continent africain ont suscité l’émergence de ces «gemmocraties», note cet ouvrage publié aux éditions Desclée de Brouwer.
Le long chapitre consacré au Zaïre — écrit avant même les dernières victoires de la rébellion sur le terrain — annonce et explique les succès rebelles, car «Kabila frappe au portefeuille».
De Johannesburg à Anvers, via Abidjan ou Nouakchott, la filière du diamant africain mêle professeurs et étudiants reconvertis en «creuseurs», militaires zaïrois, politiciens angolais ou négociants libanais devenus acheteurs, mercenaires blancs ou dignitaires africains, selon les auteurs.
Abondamment documenté et exploitant les «joyaux de la statistique», le livre explique comment la Gambie exporte du diamant sans avoir de gisement, comment le Congo exporte cinq fois sa production, la Guinée le triple, le Liberia le double...
De même, les auteurs tentent d’expliquer comment la Côte d’Ivoire — avec une production totale estimée à 250.000 carats — a pu envoyer 1,6 million de carats à Anvers en 1995 (contre «seulement» 600.000 l’année précédente) selon les chiffres du très sérieux «Haut conseil du diamant».


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