La Cour a justifié sa décision par l’absence de l’avocat d’un des deux accusés, Imad Ismaïl.
Les deux hommes, qui risquent la prison à vie, ont clamé leur innocence jeudi, à l’ouverture de l’audience. «Je n’ai rien fait, je suis innocent», a déclaré en arabe aux journalistes Azzam Azzam, un druze israélien de 34 ans arrêté le 6 novembre 1996 au Caire. Il travaillait pour une entreprise de textile israélienne. «Je suis venu en Egypte pour travailler, pas pour espionner», a-t-il soutenu.
«Je jure au nom de Dieu que je suis innocent», a crié en entrant dans la salle d’audience l’Egyptien Imad Ismaïl, 24 ans, arrêté quatre jours avant Azzam Azzam, avec lequel il travaillait dans la même entreprise. «J’ai été torturé pour faire des aveux , cette affaire a été fomentée par les services de renseignement, a-t-il affirmé.
Vêtus d’une «galabiyeh» (longue robe masculine) blanche, les deux accusés, accompagnés d’une douzaine de policiers étaient installés dans la cage aux barreaux de fer utilisée dans tous les procès de cette juridiction dont les verdicts sont sans appel.
M. Azzam, marié et père de quatre enfants avait l’air tendu. Il a été conforté par quatre de ses cinq frères et 18 de ses cousins ainsi que par un notable druze, Assaad Assaad, ancien député israélien.
L’un de ses frères, Fandi, a réaffirmé, à l’issue de l’audience, «sa confiance en l’acquittement d’Azzam par la justice égyptienne, qui est intègre». Selon lui, son frère est «bien traité dans la prison de Tora (banlieue sud du Caire) et passe son temps à lire».
Bouc émissaire
Pour un autre frère, Sami, «l’essentiel est que la Cour ne soit pas influencée par toute pression politique ou médiatique» égyptienne.
Ahmed Ismaïl, un cousin d’Imad Ismaïl, a déclaré que l’Egyptien sert de «bouc émissaire», estimant que le gouvernement «a voulu s’attaquer à Netanyahu à travers ce procès».
Selon l’acte d’accusation, M. Azzam s’était livré à «des activités d’espionnage, du 10 mars au 23 octobre 1996, en aidant Imad Ismaïl à commettre son crime consistant à fournir des informations à un pays étranger».
Il est reproché à M. Azzam d’avoir «fourni à l’Egyptien des vêtements et de l’encre sympathique» retrouvés chez M. Ismaïl avec des photos le montrant en compagnie de deux Arabes israéliennes, Zahra Youssef Jéris et Mona Shawahna, également accusées dans le procès et jugées par contumace.
Le Parquet a requis la prison à vie contre les deux accusés, peine maximale.
«Je suis surpris que l’on parle d’encre sympathique à l’ère des satellites, où il existe des moyens bien plus sophistiqués pour espionner», a déclaré à la Cour Me Farid Dib, célèbre avocat égyptien choisi par la famille de M. Azzam.
Il a mis en cause les rapports d’experts sur lesquels s’est fondée l’accusation, car selon lui ils n’apportent pas la preuve de la découverte d’encre sympathique mais seulement de constituants. Le tribunal a accédé à sa demande d’obtenir l’accès à ces rapports et d’interroger leurs auteurs.
Questionné sur les motivations de cette défense, Me Dib a affirmé que «l’Egypte accorde le droit à tout accusé, quelle que soit sa nationalité ou sa confession, d’avoir un avocat». «En tant que citoyen égyptien, je n’ai aucun doute en l’innocence d’Azzam», a-t-il insisté.
De nombreux journalistes égyptiens et étrangers assistaient à l’audience. La seule journaliste israélienne présente, Samadar Perry du «Yediot Aharanot», a affirmé «avoir eu l’impression que l’on ouvrait la voie à l’acquittement d’Azzam».
Le président égyptien Hosni Moubarak avait laissé entendre le 5 mars, lors d’une visite au Caire du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qu’il pourrait, à l’issue du procès, utiliser son droit de grâce.


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