Il a symbolisé la puissance de l’Empire sous la reine Victoria, encouragé les Londoniens bombardés sous le Blitz, aidé Winston Churchill et Margaret Thatcher en campagne, et orne régulièrement les bras tatoués des hooligans. Le «bull-dog» est de retour, mais vote cette fois travailliste, dans le dernier clip publicitaire du Labour.
Entrecoupé de plans d’un Tony Blair combatif se proclamant «patriote britannique» et déterminé à «tirer le meilleur de l’Europe pour la Grande-Bretagne», le bouledogue tire sur sa laisse, puis finit par se libérer et s’élance dans la campagne anglaise. Fort et libre.
«Le nouveau Labour est le parti patriotique, le parti d’une nation unie. Le bouledogue, avec sa charge historique et traditionnelle, est une façon de l’exprimer», explique le cerveau de la campagne travailliste, Peter Mandelson.
Le bouledogue comme référent anglais émergea au XIXe siècle. De cette époque, celle d’une Angleterre dominante, impériale et ultra-nationaliste, resta aussi l’association de l’animal à la suprématie blanche, lien qui n’échappe pas aujourd’hui encore au British National Party (extrême-droite) qui fait figurer l’animal sur ses affiches et sur son écusson.
Winston Churchill l’a utilisé lors de sa campagne électorale en 1950. Puis Lady Thatcher, sur une affiche en 1988. Et plus récemment le Parti du référendum de l’anti-européen James Goldsmith.
Les Tories ont tourné en dérision cette invocation de «l’esprit du bouledogue. Je ne sais pas ce que le bouledogue pense du vote à la majorité qualifiée (en Europe), mais cela m’étonnerait qu’il soit pour», a déclaré un porte-parole du Tory Central Office.
La presse est unanime dans son verdict sur le clip: simpliste, d’un goût douteux, démodé ou au mieux «bizarre», selon le terme utilisé par le «Guardian» (centre-gauche).
Certains quotidiens relèvent aussi que si le bouledogue est apprécié pour ses qualités naturelles de puissance, de courage et d’incroyable résistance au mal, il ne passe pas, loin s’en faut, pour l’une des espèces les plus intelligentes.
L’offensive patriotique du Labour avait été annoncée lors du dernier congrès du parti, à l’automne, avec l’intention affichée par Tony Blair, de se «réapproprier» l’Union Jack.
Avec «Fitz» le bouledogue, présenté à la presse par son propriétaire, l’OPA travailliste sur les «labels» jadis conservateurs paraît désormais complète après la réappropriation de la lutte contre le crime, l’euroscepticisme, la rigueur budgétaire et même les privatisations.
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