Le chef du Parti national (NP, au pouvoir avant 1994) a toujours démenti avec force toute responsabilité dans les actions sanguinaires des forces de l’ordre qui, selon lui, ont délibérément désinformé les politiques sur leurs activités pendant les années 80, aux pires moments de la répression anti-apartheid.
Le journal «Star» publie des extraits de documents secrets de l’époque montrant que M. de Klerk, à l’époque ministre de l’Education, a assisté le 12 mai 1986 à une réunion du Conseil de sécurité de l’Etat (SSC, organe suprême de pouvoir dans les années 80), consacrée à la nécessité de créer une force «contre-révolutionnaire» secrète capable de «balayer avec efficacité les terroristes».
Ces documents, selon le «Star», prouvent que la hiérarchie du NP connaissait et entérinait les activités illégales d’une «troisième force». M. de Klerk a déjà affirmé que l’ex-gouvernement utilisait le terme de «troisième force» pour parler des mécanismes de contrôle de l’ordre public et non pour l’élimination délibérée des opposants politiques.
La Commission vérité et réconciliation (TRC) a confirmé avoir réuni des minutes du SSC et d’autres archives officielles pour son enquête «sur les liens entre les décisions politiques et les violations des droits de l’homme commises pendant l’apartheid», tout en refusant de publier ces documents «en cours d’étude».
Cette année, M. de Klerk a déjà été accusé d’avoir tenu un «double discours» en autorisant une stratégie de violence tandis qu’il négociait avec les mouvements anti-apartheid pour la transformation démocratique du pays.
Le Congrès national africain (ANC, au pouvoir depuis 1994) a récemment affirmé détenir la preuve que la police l’avait informé de l’enlèvement de deux militants anti-apartheid mené en 1990, un an après son accession à la présidence. Six anciens policiers ont reconnu en mars avoir enlevé et assassiné ces militants jusque-là officiellement portés disparus.
Lâché par les Blancs
«C’est un mensonge de dire que je savais, de dire que j’ai participé à une conspiration pour faire ces choses terribles: je n’ai jamais pris part à la décision d’assassiner qui que ce soit», avait alors protesté celui qui partagea avec Nelson Mandela le prix Nobel de la paix 1993. Selon lui, la Commission vérité mène des «enquêtes partisanes en se consacrant à un seul aspect du passé».
Ses démentis, cependant, se voient régulièrement écornés par les dépositions des anciens serviteurs de l’apartheid qui ont demandé une amnistie politique. Pour leur défense, ex-policiers et militaires affirment avoir «obéi aux ordres» et appliqué les recommandations du sommet de l’Etat qui, selon eux, avait implicitement autorisé «tous» les moyens pour détruire la résistance anti-apartheid.
Signe de l’impact de ces accusations, une université américaine est récemment revenue sur sa décision d’accorder à M. de Klerk un prix pour ses activités politiques.
Plus, cet Afrikaner de 61 ans qui s’est toujours battu pour la survie de la «tribu blanche» d’Afrique, voit aujourd’hui la contestation monter au sein de sa propre famille politique. Tandis que les plus conservateurs l’accusent d’avoir trahi les intérêts des siens en abandonnant le pouvoir aux Noirs, les plus libéraux chuchotent que le poids de son image entrave la mutation d’un parti décidé à se libérer du passé pour mieux rebondir aux prochaines élections de 1999.


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