Le succès d’une république dans la péninsule arabique inquiète en effet la monarchie séoudienne, d’après les milieux politiques et diplomatiques à Sanaa. L’approche des élections législatives le 27 avril est une bonne occasion de montrer la seule démocratie de la région sous un jour défavorable.
A Sanaa, il est de bon ton depuis des années d’attribuer aux Séoudiens tous les maux du Yémen, même si l’accusation n’est jamais formulée publiquement par le gouvernement.
Mais après le troisième enlèvement en trois mois, les diplomates et les experts étrangers dans la capitale yéménite partagent sérieusement les soupçons des autorités.
Deux couples de touristes allemands sont aux mains d’une tribu de l’est de Sanaa depuis le 28 mars. Sept autres Allemands avaient été séquestrés pendant une semaine au début du mois. En février, un ingénieur d’une compagnie pétrolière avait passé 17 jours en détention dans l’est du pays.
Griefs importants
Les tribus qui pratiquent ces enlèvements «sont proches de l’Arabie. En général, elles ont d’ailleurs toujours des passeports séoudiens», relève un ethnologue.
Les preuves d’une implication séoudienne manquent, mais les griefs entre les deux voisins abondent.
Le Yémen avait refusé en 1990 le recours à la force pour chasser les troupes irakiennes du Koweit. Il s’était aliéné ainsi le Koweit et l’Arabie Séoudite, laquelle avait expulsé 800.000 travailleurs yéménites.
En 1994, Ryad avait appuyé la sécession du sud du Yémen lors de la guerre civile. L’unification des deux Yémen en 1990 avait de quoi l’inquiéter en créant à ses portes une nation au moins aussi peuplée que le royaume mais infiniment plus pauvre.
Depuis une réconciliation officielle en février 1995, Séoudiens et Yéménites négocient la délimitation de leur frontière commune.
Mais les trois comités formés à cet effet, pour le bornage de la frontière nord-ouest, la délimitation des eaux territoriales et surtout le tracé d’une frontière dans les déserts orientaux, n’aboutissent à rien.
«Déstabiliser le Yémen est un moyen de pression dans les négociations», explique un diplomate occidental.
Enfin et surtout, les élections législatives, les deuxièmes depuis l’unification en 1990, déplaisent et inquiètent les princes séoudiens, relèvent les diplomates.
Les débats politiques, retransmis par la radio yéménite, sont considérés comme une «influence néfaste pour la jeunesse» dans un pays où seuls les princes de sang ont voix au chapitre, estime un autre diplomate occidental.
Le ministre séoudien de l’Intérieur, «le prince Nayef, a même demandé aux Yéménites d’ajourner ces élections», a-t-il ajouté.
Les représentants du gouvernement, qui cherche toujours des accommodements avec l’Arabie Séoudite, se gardent de la mettre en cause en public.
Dans un langage imagé, un responsable politique observe néanmoins que «la démocratie yéménite est comme une lampe dans l’obscurité, que des vents mauvais cherchent à éteindre».
Il relève aussi que le gouvernement a décidé, depuis la fin de la guerre civile, de ne plus céder aux ravisseurs dans les affaires d’enlèvements. Il faut bien que ceux-ci soient payés par l’étranger pour persévérer dans une pratique dont ils ne peuvent rien espérer de Sanaa, conclut-il.


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