Dans le hall, ouvriers et décorateurs s’affairent à la pose des lustres, tapis et rideaux en damas. L’établissement doit accueillir ses premiers clients le 1er juin. Après une période test, l’ouverture officielle aura lieu le 23 août, en présence du président de la République, Roman Herzog.
L’hôtel – 263 chambres et 37 suites – est servi par un emplacement exceptionnel, avec une vue imprenable sur la Porte de Brandebourg, symbole de la nation allemande, et un accès sur l’avenue Unter den Linden, l’équivalent des Champs-Elysées parisiens.
Petit clin d’œil à l’histoire, le «Adlon» – du nom de son fondateur Lorenz Adlon – fut inauguré en 1907 par l’empereur Guillaume II en personne, qui s’émerveilla de trouver eau chaude, chauffage central et téléphone dans toutes les chambres.
Passage obligé
L’endroit devint un lieu de passage obligé pour les princes, les diplomates et les artistes. Thomas Mann, Greta Garbo et Albert Einstein comptèrent parmi ses hôtes. Charlie Chaplin y fut acclamé par une foule d’admirateurs lors de la première à Berlin des «Lumières de la ville».
Ses célèbres thés dansant rythmèrent le calendrier mondain de la capitale, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
En mai 1945, les soldats russes mirent la main sur une cave sans pareille et fêtèrent comme il convient leur entrée triomphale dans Berlin.
Mais, peu après, le bâtiment fut ravagé par les flammes.
Cinquante ans plus tard, l’Hôtel Adlon fraîchement reconstruit entend redevenir une des adresses les plus prestigieuses d’Allemagne. Son directeur, Jean K. van Daalen, espère bien d’ailleurs y accueillir dès cet été le roi d’Espagne, Juan Carlos.
L’hôtel pourra être utilisé aussi comme lieu de résidence pour les hôtes du gouvernement allemand, lorsqu’il reprendra ses quartiers à Berlin, en 1999-2000, à quelques centaines de mètres seulement de là.
Tout à côté, les ambassades de France et des Etats-Unis doivent être reconstruites là où elles se trouvaient avant-guerre, sur l’élégante place carrée de Paris (Pariser Platz). Celle-ci, réduite en ruines en 1945, s’est retrouvée ensuite otage de la guerre froide. Coincée dans le no man’s land du Mur, à la jonction des secteurs occidentaux et soviétique, elle est restée inaccessible pendant près de 30 ans.
Prix abordables
Avec son élégante façade de grès, l’Hôtel Adlon a redonné la première touche de vie à la Pariser Platz, longtemps hantée par le souvenir de la Belle Epoque. A côté, la station de métro Unter den Linden, qui avait été condamnée du temps du Mur pour empêcher les fugitifs de passer à l’Ouest, reprend aussi lentement mais sûrement du service.
Sur le trottoir d’en face, les stands de vieux uniformes de la RDA et d’insignes du Parti communiste alignent les dernières reliques d’un passé révolu à l’intention de touristes en mal de kitsch.
Le nouvel Hôtel Adlon, reconstruit selon les plans de l’original, offre quant à lui un mélange discret de classicisme et de modernité. Dans le hall, les plafonds à caissons incrustés de feuilles d’or et le grand escalier en marbre de Carrare rappellent le faste d’antan. Fontaines, cheminées et jardins d’hiver ajoutent au raffinement.
L’établissement a été construit par un investisseur immobilier de Cologne (ouest), Fundus, pour quelque 435 millions de marks (255 millions de dollars) et sa gestion confiée au groupe d’hôtellerie de luxe Kempinski.
Il en coûtera bientôt 360 marks (211 dollars) pour une chambre simple et jusqu’à 4.800 marks (2.840 dollars) pour une suite présidentielle (200 m2, bibliothèque, sauna...). «Nous ne serons pas plus chers que d’autres hôtels de la catégorie», promet son directeur, M. van Daalen.


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