Ce débat d’antériorité, qui rappelle celui opposant la poule à l’œuf, bloque le versement par les Etats-Unis à l’institution internationale d’un milliard et demi de dollars d’arriérés de contribution indispensable à son fonctionnement.
Le Congrès, à majorité républicaine, affirme que des indicateurs probants de la réforme de l’institution, à définir rapidement dans le cadre de l’élaboration du budget, doivent intervenir avant le paiement effectif des sommes dues.
Au contraire, aux Nations Unies, où le mécontentement de voir les Etats-Unis continuer à refuser de verser leur contribution ne faiblit pas, les diplomates demandent que Washington prenne des engagements sur les dettes et les futurs paiements avant que leurs gouvernements donnent leur accord aux réformes.
La dernière étape de ce processus «ovo-poulesque» a été la visite d’une délégation du Congrès la semaine dernière au siège de l’ONU pour tenter vainement d’en ramener une contribution à la définition de signes probants de la volonté de réformer l’institution.
Le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan a dit clairement qu’il lui paraissait difficile que des conditions puissent être posées pour le paiement de contributions qui résultent de la signature de la charte liant les 185 Etats membres.
Il a ajouté que le Congrès pourrait contrôler les réformes au fur et à mesure de leur entrée en vigueur mais qu’il était exclu de pouvoir le contraindre à les définir, avant que son nouvel état-major ne soit prêt.
En outre, bien que M. Annan coopère étroitement avec le président de l’Assemblée générale de l’ONU, Razali Ismaïl, des aspects essentiels de la réforme sont du ressort direct des gouvernements et échappent à son contrôle.
Marc Thiessen, porte-parole du sénateur Jesse Helms, a prévenu que l’élaboration du budget américain ne pourrait être différée jusqu’en juillet, échéance prévue pour la remise des conclusions de la commission de réforme dirigée par le Canadien Maurice Strong.
Des responsables de l’ONU indiquent cependant que des réformes «significatives» concernant le siège new-yorkais de l’organisation seront annoncées prochainement.
Les réformes exigées
Parmi les réformes demandées par Washington figure la réduction de sa contribution financière au budget courant de l’ONU de 25 à 20%.
En ce qui concerne le budget des opérations de maintien de la paix, le Congrès entend voir la contribution des Etats-Unis fixée à 25% au lieu de 31%.
Les décisions concernant les changements de niveau des contributions doivent faire l’objet d’un accord entre Etats membres.
Le Congrès a bloqué la situation en adoptant en 1995 une loi qui réduit unilatéralement la contribution américaine aux opérations de maintien de la paix de 31 à 25%, décision qui n’a pas été reconnue valide par l’ONU.
M. Razali, qui doit rencontrer les sénateurs démocrates et républicains à Washington à partir du 26 février, a fait observer que les réformes financières ne pourraient s’engager que si Washington prenait simultanément un engagement ferme au sujet de ses dettes.
«J’ai besoin de convaincre les Etats membres que le Congrès s’apprête vraiment à payer», a-t-il dit.
M. Razali, qui est malaisien, a rencontré les experts du Congrès en visite aux Nations Unies la semaine dernière.
Il conserve l’espoir d’amener les Etats membres à procéder aux réformes dans les prochains mois.
Des négociations ardues
Mais les négociations financières sont encore compliquées par le lien entre le problème des contributions et une autre réforme clé: l’élargissement du Conseil de Sécurité qui compte actuellement cinq membres permanents et 10 non permanents.
Si les Etats membres acceptaient de réduire la contribution américaine, il leur faudrait demander à d’autres pays de compenser les pertes de recette.
Le Japon et l’Allemagne, qui devraient être sollicités pour payer une partie de la différence, mènent une campagne active pour accéder au statut de membre permanent au Conseil de Sécurité. Ils ont fait savoir qu’ils n’augmenteraient leur propre contribution au financement de l’ONU qu’en échange de la garantie d’obtenir des sièges de membre permanent.
L’Assemblée générale étant elle-même divisée sur l’opportunité d’élargir le Conseil, la situation actuelle s’apparente, selon la formule d’un responsable de l’organisation internationale, à une «belle pagaille».


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