La vie unitaire serait une excellente thérapie de groupe pour l’ensemble des Libanais en vue de consolider l’essence même de la patrie, une patrie où l’harmonisation sera complète et l’intégration irréversible.
Cependant, par où commencer un projet d’une importance aussi capitale et d’une telle envergure qui nécessite une volonté évidente, une entente certaine, une vision intelligente, un travail assidu et une patience à toute épreuve vu le temps requis pour encourager l’osmose et aboutir à la refonte de toutes les composantes de la société libanaise en un seul peuple.
Car ce que nous souhaitons c’est une refonte effective et réelle et non pas un simulacre romancé et orientalisé à l’extrême, qui pourrait plaire superficiellement mais qui demeurerait sans efficacité aucune, donc vulnérable et sujet à toutes les intempéries locales et régionales.
Parfois, c’est par une phrase simple formée de mots qui peuvent paraître anodins, mais qui renferment une grande sagesse, que l’on touche le fond d’un problème. C’est par une phrase simple que feu Michel Chiha a résumé une situation très complexe, en affirmant qu’au Liban, entre musulmans et chrétiens, l’on peut être frères mais l’on ne peut pas devenir beau-frères pour autant. Alors, quelle fusion peut-on espérer et à quelle vie unitaire peut-on aspirer si, en d’autres termes, les mariages mixtes ne sont pas autorisés par une religion ou l’autre.
Un premier pas vers une réponse à ce problème serait sans nul doute celui préconisé, depuis belle lurette, par M. Raymond Eddé qui n’a cessé de demander l’instauration du mariage civil au Liban. En effet, le mariage civil n’est pas un simple caprice qui éviterait éventuellement aux couples désireux de s’y conformer un voyage à Chypre où dans un tout autre pays, mais c’est la naissance d’une institution qui pourra éliminer les barrières entre les diverses communautés, assurant aux Libanais une ouverture d’esprit inconditionnelle qui va les conduire, lentement mais sûrement, à leur objectif ultime: une seule patrie, un seul peuple.
Soyons frères, mais sachons aussi que rien ne nous empêche de devenir beau-frères. La nature même de la société libanaise, variée et délicate, devrait nous pousser inévitablement au rapprochement, à la compréhension et à l’entente, en somme à l’acceptation véritable par tout Libanais de son compatriote. Sinon, l’on continuera à se côtoyer tous les jours sans se fréquenter véritablement, à cause de l’existence de certains interdits érigés en barrières insurmontables qui font que deux familles d’un même village peut bien être voisines et vivre une certaine convivialité, sans toutefois pouvoir se permettre de dépasser un certain seuil de tolérance à travers l’union de leurs enfants respectifs.
Ainsi, nous ne pouvons pas maintenir des clivages socio-religieux et prêcher en même temps l’unité du peuple libanais. L’unité ne se fait pas seulement par quelques rares réactions similaires à certains événements politiques, mais provient du for intérieur, de la foi commune d’un peuple qui ne veut pas être condamné à vivre deux potentialités contradictoires, l’une prédisposant à tenir compte de la réalité et l’autre déniant cette réalité, qui finissent par se neutraliser tout en vouant les efforts des Libanais à un échec inéluctable.


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir