La Turquie, qui occupe le nord de Chypre depuis 1974, avait menacé de mener des frappes militaires après l’annonce en janvier par le gouvernement chypriote, le seul reconnu par la communauté internationale, de sa volonté de déployer des missiles russes anti-aériens S-300 livrables dans 16 mois.
Ces menaces faisaient suite à un regain de tension durant l’été dernier sur la ligne de démarcation entre les deux zones de l’île, où trois Chypriotes-grecs et un Chypriote-turc ont été tués.
Les chiffres actuellement disponibles font état d’une chute de 40 pour cent en janvier des arrivées des Britanniques, principal contingent des touristes d’hiver.
«Les réservations pour la haute saison ne sont pas inférieures à celles enregistrées en janvier 1996, la majeure partie de ces réservations se faisant entre février et avril», indique le porte-parole de l’Office du Tourisme, Kyriakos Yacovidis.
Le porte-parole de la compagnie nationale Cyprus Airways, Tassos Angelis, estime que la chute dans les arrivées des Britanniques était «prévisible pour des raisons économiques» propres à la Grande-Bretagne, mais il ajoute que de nouveaux marchés sont supposés pallier cette baisse, qui avait déjà été de 15% en 1996.
Les Britanniques représentent 40% des deux millions d’étrangers qui visitent chaque année Chypre, assurant des rentrées en devises de 1,7 milliards de dollars.
Orientation vers
la récession
«Une légère orientation se dessine vers la récession», affirme un responsable de Banque centrale de Chypre selon lequel «après 20 ans de prospérité et de croissance continue, on ne peut rester à l’abri des difficultés connues en Europe». Le Produit national brut de Chypre par habitant est de 12.000 USD.
Les signes avant-coureurs d’une ébauche de récession s’étaient fait jour il y a plusieurs mois. La valeur des titres a reculé de 40% à la bourse des valeurs depuis sa création en mars 1996, dont 15% depuis le début de ce que les Chypriotes appellent «la missilologie».
L’installation de firmes offshore (actuellement de 26.500, qui rapportent 350 M USD par an), parmi lesquelles les milliers de russes ont succédé à celles du Proche-Orient, «semble se ralentir», selon un banquier européen.
«Plusieurs dépôts étrangers dans les banques locales ont été transférés» vers les 39 banques offshore (3,2 mds USD de dépôts en 1996), a-t-il ajouté.
Le climat s’est mis de la partie, avec les rares pluies enregistrées depuis deux ans, qui présagent une rude sécheresse, en face de laquelle la décision d’acheter une deuxième usine de déssalement de l’eau de mer est arrivée bien tard.
L’alimentation en eau potable et l’agriculture en souffriront même si ce secteur ne représente plus que 10% de l’économie.
Pour relancer l’économie, l’Etat tente de «sauver ce qui peut l’être encore en cette année qui s’annonce de vaches maigres», dit un autre banquier.
Après avoir baissé d’un demi point son taux d’escompte ramené à 7 pc, la Banque centrale vient enfin d’ouvrir aux capitaux étrangers certains secteurs, notamment l’industrie légère, le commerce de gros et de détail et les services, autorisant également des investissements chypriotes à l’étranger.
«Même si l’intention (d’acheter des missiles) est louable, elle a eu un mauvais effet à l’étranger et donné lieu à davantage d’intransigeance de la Turquie», a affirmé à l’AFP un ambassadeur européen selon lequel «il existe un risque permanent d’incidents quand les esprits sont excités des deux côtés».


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