La manifestation nocturne a commencé à l’issue d’un bras de fer baptisé «stop cordon» par les étudiants, qui a duré plus de treize heures dans le centre de la capitale yougoslave. Depuis jeudi midi, quelques centaines d’étudiants qui se relayaient toutes les heures ont défié un cordon de policiers anti-émeutes casqués et armés de matraques.
Conformément à la tradition des manifestations étudiantes, celle-ci avait tourné par moments au happening, des jeunes gens lisant aux policiers à voix haute des textes d’Aristote, Héraclite et Platon.
Les forces de l’ordre ont fini par abandonner le champ vers 1h20 (0h20 GMT).
«Nous sommes satisfaits qu’ils soient partis, mais nous attendons maintenant la levée officielle de l’interdiction de manifester», a déclaré le porte-parole des étudiants, Cedomir Jovanovic.
Au milieu d’un concert de sifflets et de cornes de brume, ponctué d’explosions de pétards, une colonne de manifestants s’est aussitôt formée, des centaines de sympathisants qui observaient la confrontation depuis les trottoirs et les rues voisines se joignant aux étudiants.
Alors que la radio indépendante B-92 et la station des étudiants Indeks rendaient compte en direct de son avance, le cortège n’a cessé de grossir, pour atteindre une heure et demie après son départ une douzaine de milliers de personnes, selon les estimations des journalistes sur place.
La manifestation a suivi d’abord le parcours habituel des marches de protestation d’avant l’interdiction de la police édictée le 25 décembre et imposée par les troupes anti-émeutes.
Concert
de klaxons
Les marcheurs ont fait passer aux habitants de Belgrade une nuit blanche. Certains sympathisants sont aussitôt descendus dans la rue pour se joindre à eux. D’autres sont venus en pyjama les saluer. D’autres encore sont apparus à leur fenêtre ou sur leur balcon, donnant de stridents coups de sifflet pour soutenir symboliquement les marcheurs.
En marge de la manifestation, de nombreuses voitures ont tourné dans le centre de Belgrade, les feux de détresse allumés, en se livrant à un concert de klaxons.
Un incident au cours duquel une voiture a tenté de forcer le passage à travers la colonne de manifestants a fait trois blessés légers, deux étudiants souffrant de contusions à la tête et une petite fille ayant subi une entorse à la jambe. Le conducteur et d’autres occupants du véhicule ont été arrrêtés par le service de sécurité de la manifestation et remis à la police, selon des témoins. Apparemment l’automobiliste avait pris peur lorsque des manifestants ont tapé sur la carrosserie de son véhicule.
Le cortège s’est dirigé vers le siège du gouvernement serbe, dans l’intention de demander au premier ministre Mirko Marjanovic la levée de l’interdiction de manifester et la reconnaissance des résultats des élections municipales du 17 novembre, dont l’annulation partielle au bénéfice du Parti socialiste au pouvoir est à l’origine de la crise actuelle.
Mais, trouvant la porte fermée, les manifestants ont observé un arrêt d’un quart d’heure avant de repartir vers 4h00 (3h00 GMT) pour une autre boucle dans le centre-ville, alors que leur nombre commençait à diminuer.
Vers 5h00 (4h00 GMT), une bonne partie des manifestants sont partis se coucher, alors que quelques dizaines d’irréductibles stationnaient à nouveau devant le siège du gouvernement serbe.

