Le président syrien Ahmad el-Chareh, à droite, recevant l'envoyé spécial américain pour la Syrie, Thomas Barrack, à Damas, le 29 mai 2025. Photo d'archives AFP/SANA
L’ambassadeur des États-Unis en Turquie et envoyé spécial pour la Syrie, Tom Barrack, a affirmé mardi que le président syrien Ahmad el-Chareh souhaitait normaliser les relations avec Israël. Il a appelé dans le même temps à mettre fin aux opérations militaires israéliennes en Syrie, tout en s’interrogeant sur l’opportunité d’une intervention américaine pour y mettre un terme.
S’exprimant au Forum sur la sécurité mondiale, à Doha, au Qatar, Tom Barrack a estimé qu’Ahmad el-Chareh cherchait à rassurer Israël sur le fait que son gouvernement ne représentait pas une menace. « Le président Chareh, à mon sens, a fait du très bon travail dans des circonstances extrêmement difficiles », a déclaré M. Barrack, avant de décrire le message que, selon lui, le dirigeant syrien adresse à Israël : « Je ne suis pas dans une logique d’agression, je n’ai aucun problème avec Israël, je veux normaliser les relations avec Israël. »
L'ambassadeur américain a également exhorté Israël à mettre fin à ses opérations en Syrie, tout en exprimant des réserves quant à la nécessité d’une intervention américaine pour les arrêter. « Il est temps de mettre fin à cela (aux opérations israéliennes en Syrie). Je ne sais pas si le moment est venu pour les États-Unis d’intervenir afin d’y mettre un terme », a-t-il déclaré.
Israël a intensifié ses opérations militaires en Syrie après la chute de Bachar el-Assad, le 8 décembre 2024. Les forces israéliennes sont entrées dans la zone tampon démilitarisée longeant le plateau du Golan et ont pris position du côté syrien du mont Hermon. Israël présente ce déploiement comme une mesure de sécurité temporaire.
« Un modèle »
M. Barrack a cité la transition politique syrienne en exemple de la manière dont des groupes autrefois considérés comme des adversaires pouvaient être intégrés à de nouvelles structures politiques et sécuritaires. « On peut prendre le Front al-Nosra, qui était à un moment donné une organisation terroriste étrangère, et constater qu’au 8 décembre, une transition s’est opérée vers quelque chose que beaucoup considèrent aujourd’hui comme un modèle », a-t-il déclaré.
Le Front al-Nosra est un groupe jihadiste apparu pendant la guerre civile syrienne, qui avait d'abord prêté allégeance à el-Qaëda avant de rompre avec le réseau. Son chef, Ahmad el-Chareh, a ensuite dirigé Hay'at Tahrir el-Cham (HTC), le groupe islamiste qui a mené l’offensive ayant renversé Bachar el-Assad.
L’émissaire américain a également cité l’intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les Kurdes, au sein de l’armée nationale syrienne comme un résultat que beaucoup jugeaient auparavant improbable. « Personne n’aurait imaginé que l’on puisse réintégrer les FDS, cette entité kurde, au sein d’une armée nationale. Et pourtant, cela s’est produit », a-t-il affirmé. Le 10 mars 2025, Damas et les forces dirigées par les Kurdes ont signé un accord prévoyant l’intégration des institutions militaires et civiles des FDS au sein de l’État syrien. Sa mise en œuvre a toutefois connu des retards, en raison de désaccords sur les modalités de cette intégration et sur l’avenir de l’autonomie administrative kurde.
Enfin, sur un autre plan, toujours lors de son intervention au forum, M. Barrack a exprimé des doutes quant à l’efficacité des précédentes interventions américaines au Moyen-Orient, évoquant l’implication de Washington dans ce qu’il a décrit comme 23 changements de régime dans l’ensemble de la région. « Chaque fois que nous essayons d’intervenir pour changer une personne ou un régime, cela semble avoir été une erreur », a-t-il déclaré. Il a également remis en question l’utilité de l’intervention américaine au Yémen, la qualifiant d’apparemment « vaine ».
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