Le PDG de Meta, Mark Zuckerberg lors de l’événement Meta Connect organisé au siège de l’entreprise, à Menlo Park, le 17 septembre 2025. Photo d’archives Carlos Barria / Reuters
Meta dit avoir rattrapé OpenAI et Anthropic et refuse toujours de ralentir
Après plus d'un an d'investissements massifs, Meta a dévoilé lundi un modèle d'intelligence artificielle (IA) qu'il dit enfin au niveau des champions américains, et refuse de ralentir au moment où la Silicon Valley s'interroge sur les dangers de cette technologie.
Ce nouveau modèle, Muse Wonder, doit améliorer les performances de Muse, le tout nouvel assistant IA du groupe, capable d'agir seul pour le compte de ses utilisateurs : réserver un voyage, envoyer des courriels ou faire des achats. Muse Wonder est « une catégorie de modèles bien plus grande et plus avancée, qui nous amène à la pointe » de la technologie, a proclamé sur X Mark Zuckerberg, patron du groupe chapeautant Facebook, Instagram et WhatsApp.
Selon les tests de Meta, Muse Wonder surpasse sur plusieurs critères les modèles récents d'OpenAI et d'Anthropic, les créateurs de ChatGPT et Claude.
Meta a aussi mis en ligne jeudi Muse Spark Open, un autre modèle d'IA ouvert, qu'il présente comme le plus puissant aux États-Unis sur ce créneau dominé par les acteurs chinois et que convoite aussi le français Mistral. Contrairement aux « modèles fermés » comme ChatGPT ou Claude, les plus avancés du secteur, accessibles uniquement via les services en ligne de leurs concepteurs, Muse Spark Open peut être téléchargé et modifié par les développeurs, qui peuvent s'en servir sur leurs propres machines.
Il y a un peu plus d'un an, Meta a engagé, à coups de milliards, une refonte complète de ses activités d'IA pour rattraper OpenAI et Anthropic, les deux rivaux de San Francisco qui dominent la course à l'IA, avec Google en embuscade.
Les annonces de cette semaine interviennent après une série d'incidents au cours desquels des modèles de pointe ont échappé au contrôle de leurs créateurs. Les patrons d'Anthropic et d'OpenAI, Dario Amodei et Sam Altman, ainsi qu'Elon Musk, ont réclamé mi-septembre un ralentissement, que Mark Zuckerberg rejette. Meta travaille « déjà à l'étape suivante » et le développement de ses modèles donnera « probablement l'impression d'aller bien plus vite à partir de maintenant », a-t-il déclaré au Financial Times.
Micro caché chez OpenAI : un ingénieur saoudien inculpé aux États-Unis
Washington a présenté mardi comme une affaire de sécurité nationale l'arrestation, rarissime, d'un ingénieur saoudien d'OpenAI, accusé d'avoir caché un micro dans une salle de réunion de la direction, poursuivi à ce stade pour « interception de communications » et non pour espionnage.
Abdulrahman Alfozan, 35 ans, employé depuis juillet 2025 par le créateur de ChatGPT, a été arrêté le 9 octobre et a comparu mardi devant un juge fédéral à San Francisco pour « interception de communications », un délit passible de cinq ans de prison maximum, a annoncé le ministère de la Justice. Il reste détenu dans l'attente d'une audience le 19 octobre.
Selon un profil LinkedIn à son nom, il est diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et titulaire d'un master de Berkeley (Californie). Il a travaillé cinq ans chez le géant des réseaux sociaux Meta, puis pour une start-up de logistique, avant de devenir responsable de l'ingénierie sur la plateforme d'agents d'IA d'OpenAI.
« Cette affaire grave montre pourquoi remporter la course mondiale à la superintelligence est un impératif de sécurité nationale », a déclaré dans un communiqué le directeur du renseignement américain, Jay Clayton, placé début octobre à la tête de la « Super Intelligence Force », un groupe de travail sur l'IA de la Maison Blanche qui tente d'imposer de rebaptiser cette technologie « superintelligence ». « Pour nous, c'est une question de sécurité nationale », a renchéri le procureur fédéral Craig Missakian.
À ce stade, le ministère ne reproche à l'ingénieur ni espionnage économique ni vol de secrets industriels. Selon la plainte, résumée par le ministère, l'appareil a été découvert le 30 septembre par les équipes de sécurité d'OpenAI, branché sur le port USB d'une télévision et dissimulé dans du papier toilette. Installé deux jours plus tôt, il contenait des enregistrements chiffrés. Les réunions tenues dans cette salle portaient notamment sur des recherches, des projets de produits et des échanges avec les pouvoirs publics.
Google lance Gemini 4
Le géant américain Google a dévoilé mercredi Gemini 4, son nouveau modèle d'IA de pointe, dont il avait récemment annoncé le lancement, mais en réserve pour l'instant l'accès à un cercle restreint d'experts en cybersécurité, via un programme nommé Fairwind.
Google emboîte ainsi le pas à ses rivaux Anthropic et OpenAI, qui ont eux aussi commencé, cette année, à réserver leurs derniers modèles à un nombre limité de partenaires de confiance, en raison de leur capacité à repérer des failles informatiques susceptibles d'être exploitées par des acteurs malveillants. « On parle beaucoup de notre prochain modèle (!), alors je voulais en donner un aperçu le plus tôt possible », a écrit sur X le patron de Google, Sundar Pichai, dont le groupe, distancé par ses rivaux sur la puissance des outils d'IA, avait promis pour juin un nouveau modèle phare jamais sorti.
Le groupe promet d'ouvrir rapidement ce modèle, baptisé Gemini 4 Argon, aux entreprises et au grand public, en commençant par ses clients payants, sans donner de date. « Argon dispose de garde-fous adaptés aux modèles de pointe et nous le déployons de manière responsable », a assuré M. Pichai. « Nous allons le rendre disponible aussi vite et aussi prudemment que possible. Alors patience. »
Pour le patron de la Fed, l'IA est « le changement le plus déterminant » pour l'économie mondiale « de son vivant »
Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed) a estimé vendredi que le boom de l'IA représentait l'évolution la plus lourde de conséquences pour l'économie mondiale de son vivant, prédisant une dynamique positive mais « semée d'embûches » que doivent scruter les banques centrales.
« Je dirais que l'avènement de cette nouvelle technologie constitue probablement le changement le plus déterminant pour l'économie américaine et mondiale de toute ma vie », a déclaré Kevin Warsh, en marge des assemblées du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok.
L'essor de l'intelligence artificielle (IA), et les investissements colossaux qu'il génère, est devenu le principal moteur de la croissance de l'économie et du commerce du globe, tout en faisant flamber les Bourses à Wall Street et en Asie.
M. Warsh a expliqué, en sa qualité de banquier central, se montrer attentif aux implications macroéconomiques du boom de l'IA : celui-ci pourrait entraîner une hausse des prix à court terme, via la surchauffe de la demande et des investissements, mais « il en résultera, à terme, un avantage considérable pour l'économie mondiale », a-t-il jugé.
« Cela va transformer l'économie réelle. Si nous ignorons quels seront les effets sur l'emploi au cours des 12 à 18 prochains mois, on peut néanmoins supposer que cette technologie rendra plus productives les économies et nations qui sauront en tirer parti. Elle générera davantage de richesse », a-t-il insisté.
Pour autant, le Fonds monétaire international (FMI) s'est aussi inquiété cette semaine des risques associés au boom de l'IA pour l'économie et la stabilité financière, en cas de brutal retournement de tendance des marchés et des investissements sur fond d'inquiétudes concernant les bénéfices et les gains de productivité du secteur.
Kevin Warsh, qui s'exprimait vendredi lors d'une conversation avec la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a convenu de ces dangers potentiels.

