Une maquette du stade proposé pour NEOM est exposée dans le cadre de l’exposition consacrée à la candidature de l’Arabie saoudite à l’organisation de la Coupe du monde. Photo d'archives Hamad I Mohammed / Reuters
Alors que le conflit régional déclenché par les États-Unis et Israël contre l'Iran a embrasé la péninsule arabique, Riyad met discrètement de côté ses projets de construction de l’un de ses stades les plus ambitieux pour la Coupe du monde de la FIFA 2034, après des retards et une réduction de l’ampleur du projet futuriste qui devait l’abriter.
Le stade de NEOM devait être construit en hauteur au sein de The Line, une spectaculaire structure d’acier et de verre longue de 160 kilomètres, elle-même intégrée au vaste projet de développement baptisé NEOM. Ce plan avait été présenté il y a une dizaine d’années comme l’un des projets phares de la Vision 2030 du prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume. C'est un ambitieux programme destiné à diversifier l’économie et à réduire sa dépendance au pétrole. Puis, le propriétaire de NEOM avait confirmé en avril que The Line n’était plus une priorité et qu’il n’était pas indispensable que le projet soit achevé avant 2030, date initialement prévue pour la livraison de sa première phase. Il avait cependant démenti l’annulation de quelconques projets.
Selon plusieurs sources au fait du dossier citées par l'agence Reuters, les projets de construction du stade de NEOM sont désormais suspendus pour une durée indéterminée. NEOM et le bureau de communication du gouvernement saoudien n’ont pas répondu aux demandes de commentaires. Le ministère saoudien des Sports a, lui, renvoyé les questions à la Haute Autorité chargée de l’organisation de la Coupe du monde 2034. Cette dernière a indiqué que « des avancées substantielles dans la réalisation » des étapes de construction liées à l’événement étaient déjà en cours, mais n’a pas répondu aux questions concernant le stade de NEOM et son coût. Elle a transmis des images de certains des autres stades actuellement en construction.
Le nouveau format dans un seul pays
La Coupe du monde 2034 est considérée comme un événement majeur pour l’Arabie saoudite, qui a investi massivement dans le sport via son fonds souverain, le PIF, dans le cadre de son programme Vision 2030. Le PIF a d’ailleurs finalisé en août dernier l’acquisition d’Electronic Arts, géant du jeu vidéo spécialisé notamment dans les jeux de sport et de football. Le tournoi sera la première Coupe du monde organisée par un seul pays avec le nouveau format élargi à 48 équipes. Riyad travaille à la construction ou à la rénovation de 15 stades dans cinq villes, ainsi que de plusieurs dizaines de centres d’entraînement.
MEED Projects, une plateforme basée à Dubaï spécialisée dans les données et l’intelligence économique sur le secteur de la construction, dont les analystes suivent les appels d’offres et les projets dans la région, estime la valeur totale de ces projets à 22,7 milliards de dollars. Selon MEED, le stade de NEOM devrait coûter 2,5 milliards de dollars, s'il est complété. La plateforme classe désormais ce projet de stade de 46 000 places comme étant « en suspens ».
Aucune date d’achèvement n’est indiquée pour le stade dans les données de MEED. Les autres stades et infrastructures sont, eux, à différents stades de développement, avec des achèvements prévus entre 2026 et 2033.
Suspension du projet The Mukaab
L’Arabie saoudite est confrontée à des pressions croissantes liées à la guerre avec l’Iran, qui a fortement perturbé les livraisons d’énergie et endommagé des infrastructures essentielles, tandis que le royaume fait face à des attaques des Houthis, soutenus par l’Iran. La semaine dernière, le ministère des Finances a indiqué qu’il anticipait cette année un déficit budgétaire plus important que prévu et une contraction de 3,6 % du PIB réel, après une baisse de l’activité pétrolière.
La répartition géographique des stades constitue un défi supplémentaire pour la réalisation des projets. La situation pourrait encore se compliquer par le retard ou la réduction de l’ampleur de certains projets destinés à accueillir des stades, comme The Line ou le développement New Murabba à Riyad.
En janvier, il avait été rapporté que l’Arabie saoudite avait suspendu la construction de The Mukaab, un gigantesque gratte-ciel en forme de cube qui devait être au cœur de New Murabba. Il avait également été rapporté l’an dernier que le PIF opérait un virage, délaissant les coûteux « giga-projets » au profit d’investissements offrant des retombées financières plus rapides, une stratégie ensuite défendue publiquement par des responsables saoudiens.
D’autres projets liés à la Coupe du monde progressent toutefois. Le stade Aramco, situé dans la ville d'al-Khobar, dans l’est du pays, doit être achevé d’ici à la fin de l’année et accueillir son premier match en janvier, pour lequel les billets sont déjà en vente. Les travaux sur les autres stades prévus se poursuivent, a-t-on indiqué de source informée.
