Christophe Musitelli, conseiller de coopération et d’action culturelle et directeur de l’Institut français du Liban, remet à Nanette Ziadé-Ritter les insignes de chevalière de l’ordre des Arts et des Lettres. Photo L’Orient-Le Jour
Dans les jardins du Service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France, rue de Damas, proches, collègues et amis étaient réunis autour de Nanette Ziadé-Ritter. La journaliste et animatrice, collaboratrice de L’Orient-Le Jour, y a reçu les insignes de chevalière de l’ordre des Arts et des Lettres pour près de quarante années consacrées aux médias, à la culture et à la langue française. Christophe Musitelli, conseiller de coopération et d’action culturelle et directeur de l’Institut français du Liban, les lui a remis au nom de la ministre française de la Culture, Catherine Pégard, en présence notamment de l’ambassadeur de France Patrick Durel et de la ministre de l’Environnement Tamara Elzein.
Christophe Musitelli a ouvert son hommage sur l’enthousiasme de Nanette Ziadé-Ritter, son « rapport à la vie optimiste, énergique, curieux ». « Il y a eu des hauts, et il y a eu des épreuves, mais toujours vous avez su aller de l’avant, et choisir la lumière plutôt que les ténèbres qui parfois s’abattent brutalement sur ce pays, le vôtre, que vous servez avec passion », lui a-t-il dit.
Il a ensuite raconté ses débuts à la radio, un peu par hasard. Diplômée en sciences politiques de l’Université américaine de Beyrouth, elle envisageait de devenir diplomate lorsqu’une amie l’a invitée dans un studio. Pour s’amuser, celle-ci a ouvert les micros et lui a proposé de parler. Nanette, intimidée, a prononcé quelques mots. Son amie a aussitôt reconnu une voix radiophonique et l’a recommandée à sa direction. Une carrière venait de commencer.
De la radio à la télévision et à la presse écrite, cette première expérience ouvre une vie professionnelle aux multiples formes : interviews, reportages, production, traduction, animation de débats. Une aventure qui se poursuit chaque matin sur la radio Nostalgie, avec Happy Days. À travers cette diversité, Christophe Musitelli a dégagé une constante : le choix du français, maintenu alors que sa place se réduisait dans les médias libanais. « Vous avez ainsi contribué quotidiennement à la vitalité de la francophonie qui est, nous le savons tous, bien plus qu’une langue, une communauté de valeurs », a-t-il souligné.Il a également rappelé son attachement aux livres et son rôle au Salon du livre francophone de Beyrouth. Au-delà de la voix, c’est une manière d’écouter qu’il a distinguée : rebondir sur les réponses, laisser une rencontre déplacer le questionnaire préparé, s’intéresser à celui qui parle. « Une idée du journalisme tout à la fois rigoureux et bienveillant, précis et attentif », selon ses mots.
À cet hommage institutionnel, Michèle Standjovski a apporté la profondeur d’une longue amitié. Son témoignage s’est ouvert sur un souvenir récemment retrouvé : un documentaire consacré aux Restos du cœur, réalisé plus de vingt ans auparavant, dont la voix off était celle de Nanette Ziadé-Ritter. « Une voix à la fois profonde et légère, lumineuse, vibrante, parsemée de paillettes », a-t-elle décrit.
Cette présence sonore, réconfortante jusque dans les périodes où le réconfort manque, lui semble inséparable de la personne. Elle a évoqué « ce mélange de force évidente et de légèreté recherchée, assumée, revendiquée » découvert au fil des années chez la journaliste, la mère et l’amie. Ses propres passages dans l’émission Libre cours lui ont aussi révélé un art de mettre l’invité à l’aise, soutenu par une préparation approfondie. Quant aux articles de Nanette Ziadé-Ritter, elle leur a trouvé la même qualité de présence : « Parce que ta plume aussi est une voix. »
En prenant la parole, la nouvelle chevalière est revenue au moment où elle avait appris sa nomination. En mars, en pleine guerre, son fils lui annonce un courrier du ministère français de la Culture. La lettre fait surgir une émotion qu’elle pensait ne plus pouvoir éprouver avec cette intensité. « C’est que ce pays qu’est le Liban nous a drôlement érodés », a-t-elle confié, évoquant des larmes « de joie, de réparation », mais aussi de reconnaissance pour les années de travail et d’engagement ainsi saluées.
Avec la culture française, elle dit avoir fait « un mariage d’amour, pour le meilleur et pour le pire ». Cet attachement s’accompagne d’une inquiétude face au recul de la francophonie au Liban. « Aujourd’hui, il faut peut-être simplement trouver d’autres chemins, d’autres façons de la faire vivre », a-t-elle déclaré.
Après avoir remercié ses parents, ses quatre enfants et ceux qui lui ont ouvert leurs scènes, leurs plateformes et leurs univers, Nanette Ziadé-Ritter a donné à cette distinction une portée collective. « Je ne la reçois pas seule », a-t-elle insisté, la partageant avec tous ceux qui, au Liban, continuent de faire vivre le français par les livres, les films, la musique, les spectacles et les idées. Avec l’espoir que ces « empreintes communes » se transmettent aux générations à venir.
Ses quatre enfants avaient, eux aussi, une distinction à lui remettre : la médaille de la « meilleure maman ». Pour ce titre-là, le jury avait toute une enfance à faire valoir.