Les polémiques récentes autour de certains auteurs accusés, à tort ou à raison, d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour rédiger leurs livres ne sont, à notre sens, que le début d’un phénomène appelé à s’amplifier dans les mois à venir, au risque de remettre en question le concept même de création.
L’intelligence artificielle constitue certes un outil très précieux entre les mains d’un rédacteur avisé, mais elle comporte néanmoins plusieurs risques, dans le domaine de la création, qu’on ne peut plus occulter :
- le risque d’une paresse intellectuelle généralisée. Ce phénomène est patent chez la plupart des élèves et étudiants qui ne prennent même plus la peine de se creuser les méninges pour faire leurs devoirs, préférant confier leur travail à la machine, au grand dam de leurs enseignants désespérés.
- le risque d’un nivellement par le bas : un médiocre écrivaillon sachant à peine aligner deux mots peut désormais, grâce à l’intelligence artificielle, produire un texte « littéraire » et prétendre au statut d’« écrivain », au même titre qu’un auteur chevronné ayant une connaissance parfaite de la langue utilisée. Ce faisant, le « faussaire » se leurre lui-même avant de leurrer les autres.
- le risque d’une rupture du pacte de confiance scellé entre l’auteur et son lecteur. Celui-ci peut légitimement se sentir floué, voire trahi, lorsqu’il découvre qu’un pseudo-écrivain s’est approprié un texte dont il n’est pas véritablement l’auteur, sans avoir reconnu, en toute transparence, l’apport de l’intelligence artificielle à son « œuvre ». On n’est pas loin ici des notions de plagiat, de contrefaçon ou de tromperie, qui peuvent, selon les circonstances, être sanctionnées par la justice, notamment lorsqu’elles portent atteinte à la propriété intellectuelle ou aux droits du consommateur.
On a beaucoup entendu, ces derniers temps, les appels à la vigilance lancés par le pape et par de grands spécialistes de l’intelligence artificielle qui considèrent que celle-ci pourrait, à terme, conduire à la disparition de notre civilisation. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : la création est aujourd’hui malmenée et remise en question, tant dans les domaines de la musique et de la peinture que dans le domaine littéraire, sans compter l’architecture et le design. À l’heure où le Salon international du livre de Beyrouth ouvre ses portes, il serait bon d’engager une réflexion en profondeur sur cette mutation et de définir les règles qui pourraient encadrer l’utilisation de l’IA pour limiter les dérives présentes et prévenir la catastrophe qui s’annonce.