Rien ne va plus sur la planète Terre. Au lieu d’œuvrer au bien commun, de combattre les grands fléaux de notre temps – la faim, les pandémies, les inégalités et le dérèglement climatique – et de faire régner la paix sous l’égide des Nations unies, nous assistons depuis quelques années à une montée spectaculaire des radicalismes.
Cette radicalisation est partout. Elle est ethnique, religieuse, communautaire, identitaire et politique. Elle se nourrit de peurs légitimes ou exacerbées, de frustrations, de manipulations et du sentiment de déclassement qui traverse nos sociétés.
Aux États-Unis, le phénomène est particulièrement préoccupant. Les prises de position de Donald Trump illustrent cette polarisation extrême. Son discours, fondé sur une vision antagoniste de la société, entretient la méfiance à l’égard des institutions, des médias, de la justice ou des immigrés, et contribue à fracturer davantage une Amérique qui fut longtemps considérée comme un modèle démocratique.
En Israël, la folie meurtrière de Netanyahou, en riposte à la tragédie du 7 octobre, et sa politique de colonisation et d’apartheid contre la population palestinienne, vont dans le sens d’une radicalisation qui feint d’oublier que l’expérience historique du peuple juif impose à l’État hébreu une responsabilité particulière : celle de faire prévaloir les valeurs de justice, de proportionnalité et de respect de la vie humaine…
De son côté, le régime théocratique et radicalisé de l’Iran continue, au nom de la doctrine de la wilayat al-faqih, de mobiliser ses satellites pour semer la pagaille au Moyen-Orient et d’aviver les antagonismes, notamment au Liban où les chiites proches du Hezbollah sont devenus des parias aux yeux des autres communautés, dont les attitudes radicales, par réaction, font renaître l’engouement pour le fédéralisme…
En Europe, l’extrême droite gagne du terrain, dynamisée par le problème de l’immigration qui, qu’on le veuille ou non, est devenu préoccupant et peut-être insoluble après des années de cécité et de laxisme des pouvoirs publics. En France, tout porte à croire que les prochaines échéances électorales pourraient consacrer davantage encore la montée des extrêmes. Un affrontement entre des forces radicales de droite et de gauche plongerait le pays dans une période d’incertitude politique sans précédent, avec des répercussions inéluctables sur la construction européenne, déjà fragilisée par la guerre en Ukraine et les récents événements de Ceuta, montés en épingle par ceux qui ont fait des migrants leur fonds de commerce politique et vouent aux gémonies le gouvernement espagnol…
La tentation est grande de se définir par opposition, de choisir son camp, de revendiquer une identité dominante. Cette radicalisation tous azimuts semble irréversible. Le mal est fait. Loin de colmater les brèches, les nouvelles technologies, les algorithmes, les drones et l’intelligence artificielle risquent de devenir des instruments de contrôle, de traque, voire de destruction. Il y a fort à parier que « les identités meurtrières » dénoncées par Amin Maalouf seront encore au cœur des clivages à venir !