Édito Édito

IA

Il est indubitable que l’intelligence artificielle est désormais une constante avec laquelle il faudra composer et qu’on devra exploiter au mieux dans tous les domaines possibles.

Mais cette révolution, dont on ne mesure pas encore toutes les répercussions, soulève de plus en plus de questions d’ordre éthique, pédagogique, culturel, économique ou juridique. Chaque jour qui passe au Liban nous offre une illustration tragique du dévoiement de l’IA, devenue un instrument de guerre terrible entre les mains de Tsahal…

C’est dans ce contexte de malaise que s’inscrit la première encyclique du pape, Magnifica Humanitas (La grandeur de l’humanité), où Léon XIV insiste sur les risques de déshumanisation que peut occasionner une utilisation non maîtrisée de l’intelligence artificielle, tout en appelant le monde à ne pas sacrifier la dignité humaine sur l’autel de la performance algorithmique. « Évitons donc le “syndrome de Babel” : l’idolâtrie du profit qui sacrifie les plus faibles, l’uniformité qui gomme les différences, la prétention d’un langage unique – y compris numérique ?– capable de tout traduire, même le mystère de la personne, en données et en performances, affirme-t-il. Le premier devoir qui nous incombe est de ne pas diaboliser ni idolâtrer les outils, mais de les maîtriser en partant d’un point d’ancrage : la vérité est un bien commun, et non la propriété de ceux qui détiennent le pouvoir ou la visibilité. Il faut donc promouvoir une écologie de la communication. »

Dans le domaine de la culture, force est de reconnaître que l’intelligence artificielle, qu’on croyait incapable d’émotions et de créativité, évolue peu à peu jusqu’à égaler l’être humain dans sa capacité à créer, tant et si bien que la frontière entre ce qui est authentique et ce qui est produit par une machine devient de plus en plus floue. Dans un défi littéraire organisé par le Nouvel Obs, Hervé Le Tellier, lauréat du prix Goncourt 2020, a été battu à plate couture par l’IA qui a généré en un temps record un texte (une fiction policière) très inventif et en tout cas supérieur au sien. Et, Olga Tokarczuk, prix Nobel de littérature, a récemment déclenché une polémique en avouant qu’elle a souvent recours, en écrivant, à ChatGPT.

Certes, cette création artificielle ne se fait pas ex nihilo : elle est le fruit d’une synthèse habile de différentes sources et la recombinaison originale d’éléments appris. Mais la création humaine n’est-elle pas aussi la résultante de plusieurs influences, conscientes ou inconscientes, et le produit d’une accumulation de savoirs ?

Comme le recommandait Casimir Delavigne : « Aimons les nouveautés en novateurs prudents. » Face à l’inconnu qui nous attend, face à ce tsunami susceptible de bouleverser nos sociétés, il est temps de faire montre de responsabilité et de réfléchir avec lucidité aux moyens de protéger notre humanité en refusant tout diktat du numérique…

On parle souvent d’espèces animales en voie de disparition. Si des garde-fous ne sont pas mis en place au plus vite, l’homo sapiens sera bientôt, lui aussi, une espèce en voie d’extinction.

Il est indubitable que l’intelligence artificielle est désormais une constante avec laquelle il faudra composer et qu’on devra exploiter au mieux dans tous les domaines possibles.Mais cette révolution, dont on ne mesure pas encore toutes les répercussions, soulève de plus en plus de questions d’ordre éthique, pédagogique, culturel, économique ou juridique. Chaque jour qui passe au Liban nous offre une illustration tragique du dévoiement de l’IA, devenue un instrument de guerre terrible entre les mains de Tsahal…C’est dans ce contexte de malaise que s’inscrit la première encyclique du pape, Magnifica Humanitas (La grandeur de l’humanité), où Léon XIV insiste sur les risques de déshumanisation que peut occasionner une utilisation non maîtrisée de l’intelligence artificielle, tout en appelant le monde à ne...
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