Depuis la Préhistoire, dans tout conflit, il existe un moment où il convient de dresser le bilan des opérations, de mesurer le rapport de forces, et de tirer les conclusions qui s’imposent, en tenant compte du prix payé ou à payer. Cette attitude, le Hezbollah ne l’a jamais adoptée. Non content d’avoir déclenché trois guerres, dont l’une a coûté la vie à son chef historique, malgré les mises en garde de nombreux diplomates avertis, et au mépris de l’unité nationale et de l’avis contraire de toutes les composantes du paysage politique libanais, voilà qu’il rechigne à trouver ou à accepter des solutions concrètes pour établir enfin une trêve durable. Ce faisant, il se comporte comme si le Sud était son champ de bataille attitré et la population sudiste, de la chair à canon, sans comprendre que son jusqu’au-boutisme risque de conduire à l’annexion pure et simple de la zone tampon créée par Tsahal. Lui qui avait obtenu, en l’an 2000, le retrait de l’occupant l’aura fait revenir par la grande porte, un quart de siècle plus tard. Tout ça pour ça !
Certains rétorqueront que l’État hébreu aurait mené la dernière guerre de toute façon, pour des considérations internes liées à la survie politique d’un va-t-en-guerre nommé Netanyahou. Certes, mais pourquoi tenter le diable et jouer son jeu au lieu de coopérer une fois pour toutes avec l’armée libanaise, désireuse d’asseoir son autorité au Sud pour désamorcer la crise et « sauver les meubles » ?
« Il ne s’agit plus d’obtenir par la force ce qu’on a perdu par la force, mais d’obtenir par la diplomatie ce qu’on a perdu par la guerre », écrivait le journaliste Édouard Saab en 1973. Face à la suprématie incontestable de Tsahal, qui agit toujours de manière disproportionnée (« Israël exagère ! », répétait De Gaulle à Malraux, au président Hélou et à Georges Naccache, alors ambassadeur), continuer à jouer au matamore est suicidaire. Il est temps d’admettre que l’arrêt des hostilités n’interviendra que si les conditions issues des négociations de Rome ou de Washington sont respectées par les deux parties et si le lien ombilical avec l’Iran est coupé au profit de la souveraineté libanaise.
« Négocier n’est pas abdiquer », affirmait encore Édouard Saab. Négocier, sans abdiquer, pour limiter les dégâts et épargner au pays un surcroît de malheurs, de victimes, de destructions et de réfugiés, n’est pas un signe de faiblesse. C’est une preuve de pragmatisme et de sagesse. Mais il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.