On connaît tous la formule d’Umberto Eco : « Les réseaux sociaux ont donné le droit à la parole à des légions d’imbéciles qui avant ne parlaient qu’au bar et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite. Aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. » Ainsi, les réseaux sociaux qui étaient pensés comme des lieux de partage et d’ouverture sur le monde, sont devenus de véritables caniveaux où de nombreux internautes libanais déversent leur haine et emploient des termes injurieux à l’égard du président de la République, du Premier ministre ou de dignitaires religieux, sans se soucier du fait que ces propos incendiaires risquent de mettre le feu aux poudres et de précipiter le pays dans une fitna dont il se passerait volontiers. Dans un climat délétère, où les incidents sécuritaires se multiplient dans toutes les régions et où le flux de réfugiés suscite parfois des tensions, ces campagnes insidieuses, souvent orchestrées par des partis ou des armées électroniques, et motivées par des considérations politiques ou religieuses, ne servent finalement que les intérêts de nos ennemis, tout heureux de voir notre fruit rongé de l’intérieur.
Certes, la liberté d’expression est sacrée, et il est bon que le tribunal des imprimés soit seul compétent pour juger les affaires liées à la presse, mais quand cette liberté fondamentale, consacrée par notre Constitution, devient un prétexte à la calomnie et à la diffamation, il appartient à la justice d’intervenir pour mettre un terme à ces dérives. Les développements régionaux, les négociations en cours à Washington exacerbent sans doute les antagonismes, enflamment les esprits et attisent les passions, mais rien n’excuse ces dérapages qui n’ont d’autre but que de semer la zizanie. Dans un livre intitulé Liberté d’expression et responsabilité, Guillaume Lécuyer explique comment cette liberté publique est limitée par la responsabilité qui vise la protection d’intérêts légitimes. Chez nous, la responsabilité des irresponsables doit être engagée. Il y va de la paix civile, déjà malmenée par ceux qui, au mépris du partenariat qui fonde le vivre-ensemble libanais, ont « amené le loup dans notre vigne » et refusent à présent qu’on trouve les moyens de l’en sortir !