Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'exprimant lors de la 81e Assemblée générale des Nations unies au siège de l'ONU à New York, le 24 septembre 2026. Photo Angela Weiss/AFP
Déjà prévenu par les Émirats arabes unis, Israël aurait reçu une deuxième alerte faisant état d'une attaque imminente du Hamas avant le 7 octobre 2023, fournie par les services de renseignement égyptiens, selon le média américain The Atlantic.
Dans la foulée des révélations de Haaretz, selon lesquelles le président émirati Mohammed ben Zayed avait personnellement averti le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, une dizaine de jours avant le 7-Octobre, que le Hamas préparait une opération majeure, une nouvelle enquête vient alimenter le débat sur les informations dont disposaient les dirigeants israéliens avant l’attaque, qui a fait plus de 1 200 morts sur le sol israélien.
Selon The Atlantic, le chef des renseignements égyptiens en personne, Abbas Kamel, s’était rendu secrètement en Israël le 26 septembre 2023 pour mettre en garde contre une possible explosion de la situation à Gaza. Benjamin Netanyahu dément avoir reçu ces avertissements.
67 minutes à Tel-Aviv
Le 26 septembre, alors que les dirigeants israéliens commémoraient à Jérusalem le cinquantième anniversaire de la guerre du Kippour, un avion Cessna affrété par les services de renseignement égyptiens atterrissait à l’aéroport Ben Gourion, raconte le magazine américain. À son bord : Abbas Kamel, alors patron du General Intelligence Service égyptien et l’un des principaux interlocuteurs régionaux d’Israël sur le dossier palestinien. L’appareil, dont le déplacement est confirmé par les registres aéroportuaires et des données de suivi aérien consultés par The Atlantic, ne serait resté que 67 minutes à Tel-Aviv.
Selon plusieurs responsables israéliens, égyptiens, arabes, américains et européens interrogés par le média, Le Caire estimait alors que « le Hamas se mobilisait en vue d’une attaque importante ». Abbas Kamel n’aurait fourni ni date, ni cible, ni détails opérationnels permettant d’anticiper précisément l’assaut, mais son message aurait été suffisamment alarmant pour qu’il recommande à l’État hébreu de consentir rapidement à des mesures économiques en faveur de Gaza afin d’éviter une escalade. En substance : sans changement de cap, la situation risquait d’« exploser » à la figure d’Israël.
The Atlantic n’a pas pu toutefois déterminer avec certitude quels responsables israéliens Abbas Kamel avait rencontrés durant cette heure passée sur place, ni jusqu’où son avertissement était remonté dans la chaîne politique. Le magazine relève néanmoins que Benjamin Netanyahu participa peu après à une réunion classifiée et valida certaines concessions économiques à destination de Gaza. Pour un ancien responsable israélien interrogé, la seule présence en Israël du chef du renseignement égyptien aurait dû suffire à signaler l’urgence de la situation : « le messager était le message ». Le conseiller à la sécurité nationale de l’époque, Tzachi Hanegbi, affirme de son côté qu’aucune visite de Abbas Kamel ni aucun avertissement égyptien de cette nature n’ont eu lieu.
Autre alerte le 5 octobre
À l'approche des élections législatives israéliennes en octobre, ces nouvelles informations viennent compléter celles publiées début septembre par le quotidien israélien Haaretz, qui avait rapporté que le dirigeant des Émirats arabes unis Mohammad ben Zayed avait appelé Benjamin Netanyahu pendant environ 45 minutes à la fin du mois de septembre 2023, avertissant que Yahya Sinouar préparait une opération d’envergure susceptible d’embraser la région. Selon cette enquête, le Premier ministre israélien aurait réagi avec calme et estimé que la menace principale se situait alors en Cisjordanie occupée. Son bureau a qualifié ce récit de « mensonge absolu » et Benjamin Netanyahu a annoncé vouloir poursuivre le quotidien d'opposition en justice. Une source émiratie a depuis confirmé au Times of Israel l’existence d’un avertissement adressé au chef du gouvernement israélien.
Cet aller-retour de Abbas Kamel entre Le Caire et Tel-Aviv n'était pas un cas isolé, révèle The Atlantic. L’Égypte a continué d’alerter Israël jusqu’à deux jours avant l’attaque. Le 5 octobre, un nouveau message égyptien aurait encore fait état d’une situation devenue intenable et de la possibilité d’une attaque. Au même moment, le chef des renseignements jordaniens aurait lui aussi fait part de ses inquiétudes à ses homologues israéliens, tandis que les services américains avaient produit, les 28 septembre et 5 octobre, deux rapports évoquant un risque d’escalade du Hamas, mais envisageaient principalement des tirs de roquettes et non l’offensive coordonnée qui allait suivre.
Trois ans après le 7-Octobre, Benjamin Netanyahu refuse toujours la création d'une commission d’enquête indépendante, réclamée par une partie des familles de victimes et de l’opposition.


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