Le lancement en soirée d’une fusée Falcon 9 de SpaceX transportant 22 satellites Starlink en orbite terrestre basse, vu au-dessus de l’océan Pacifique depuis Encinitas, en Californie, aux États-Unis, le 1er avril 2024. Photo d'archives Mike Blake / Reuters
La start-up américaine spécialisée dans les lancements de fusées Stoke Space prévoit de développer un lanceur de plus grande taille destiné à réapprovisionner les constellations de satellites, maintenant que l’entreprise a bouclé une levée de fonds d’un milliard de dollars, a déclaré son PDG Andy Lapsa. La société entend ainsi miser davantage sur sa stratégie de fusées entièrement réutilisables, alors que la demande de services de lancement augmente.
Cette série E (tour de financement d’une start-up pour soutenir une phase avancée d’expansion), menée ce mois-ci par Point72 Ventures et Spark Capital, valorise l’entreprise à environ 10 milliards de dollars, selon une personne au fait du dossier. Stoke Space a désormais levé 2,3 milliards de dollars depuis sa création en 2020.
Cette nouvelle injection de capitaux permettra d’accélérer le développement de la fusée Nova Pathfinder, dont Stoke prévoit le premier lancement en 2027, a indiqué Andy Lapsa. Elle contribuera également au financement des travaux sur une fusée plus grande, baptisée Nova Block 2, en développement depuis plus d’un an, a-t-il ajouté. Le carnet de missions de Pathfinder est « complet pour les deux prochaines années », a déclaré Andy Lapsa, sans préciser le nombre exact de lancements prévus. Il a ajouté que l’entreprise avait entamé des discussions préliminaires avec des clients pour le Block 2, dont le premier lancement est attendu en 2029.
Étape vers le modèle Block 2
La demande sur le marché mondial des lancements spatiaux a fortement progressé, les entreprises développant leurs projets de services nécessitant davantage de satellites. Les principaux acteurs, notamment SpaceX, fondée par Elon Musk, ainsi que des entreprises chinoises, misent sur la réutilisation des fusées afin de réduire de plusieurs dizaines de millions de dollars le coût de l’accès à l’orbite par rapport aux lanceurs à usage unique.
Seules quelques entreprises américaines travaillent sur des systèmes de lancement orbitaux entièrement réutilisables. SpaceX développe Starship, une fusée entièrement réutilisable. Rocket Lab développe de son côté Neutron, qui sera en grande partie réutilisable.
Pathfinder, auparavant considéré comme le projet de fusée phare de Stoke, est désormais présenté comme une étape vers le modèle Block 2. Ce lanceur plus imposant sera équipé de 14 moteurs Zenith de Stoke, soit deux fois plus que Pathfinder, afin de pouvoir mettre en orbite davantage de satellites à chaque lancement — une capacité devenue nécessaire alors que les opérateurs de constellations devront remplacer leurs satellites vieillissants, a expliqué à Reuters Andy Lapsa.
« Nous avons vu nos clients augmenter à la fois la taille et le nombre de leurs engins spatiaux, et c’est l’une des principales raisons pour lesquelles nous avons décidé de donner pleinement notre feu vert au Block 2 », a-t-il déclaré. La fusée Pathfinder, plus petite, dont Stoke prévoit de maintenir l’exploitation même après l’entrée en service du Block 2, sera destinée aux missions dédiées à un seul satellite ou aux lancements groupés de petits satellites. La version réutilisable de Pathfinder est conçue pour placer 3 tonnes métriques en orbite terrestre basse, tandis que sa version non réutilisable pourra transporter jusqu’à 7 tonnes.
Stoke prévoit que la fusée Block 2 pourra placer jusqu’à 15 tonnes en orbite basse dans sa configuration entièrement réutilisable, ou environ 23 tonnes dans sa version non réutilisable. Cela la placerait presque au niveau du Falcon 9, le lanceur le plus utilisé au monde, qui doit à terme être remplacé par le système Starship de SpaceX, beaucoup plus imposant.
The Exploration Company lève 450 millions d'euros, un record spatial européen
The Exploration Company, qui développe une capsule spatiale réutilisable, a levé 450 millions de dollars, un record pour une société mature dans le secteur spatial européen, a annoncé l’entreprise européenne mardi à la veille du sommet international sur l’espace à Paris.
Cette levée de fonds, qui porte à environ 680 millions de dollars le total des sommes réunies depuis sa création, doit lui permettre de poursuivre le développement de Nyx, une capsule spatiale compatible avec tout lanceur destinée à transporter du fret vers les stations spatiales puis à le ramener sur Terre. « Juste avant le sommet international de l'espace à Paris, The Exploration Company a sécurisé la plus importante Série C jamais levée par une entreprise spatiale européenne. Les ambitions transformatrices de TEC et son excellence dans l'exécution, portées par le moteur franco-allemand, sont une source d'inspiration pour les entreprises spatiales que nous construisons ensemble en Europe », s'est félicité le président Emmanuel Macron cité dans le communiqué.
« Série C » désigne un troisième tour de financement, destiné à des entreprises déjà fortement développées, qui cherchent à passer à une production à grande échelle. Ce financement permettra également d'accélérer le développement du moteur Storm alimenté par de l'oxygène liquide et du biométhane conçu pour propulser un futur lanceur lourd européen réutilisable.
Fondée en 2021 par une ancienne dirigeante d'Airbus Defence and Space, Hélène Huby, The Exploration Company (TEC) compte plus de 550 salariés en Europe, aux Etats-Unis et aux Emirats arabes unis. Elle a remporté plus de 2 milliards de dollars de contrats et d'engagements auprès de clients publics et privés, selon l'entreprise.


