Entretiens

Charlyn Khater : « Il faut du courage pour mettre des mots sur ses sentiments »

Charlyn Khater : « Il faut du courage pour mettre des mots sur ses sentiments »

D.R.

Née à Beyrouth, Charlyn Khater est poétesse et peintre. Après des études en finance, puis en psychologie, elle a su allier sa compréhension de l’esprit et du cœur à son amour profond pour l’art. Son premier recueil de poésie en anglais, intitulé Inner Bloom, vient tout juste de paraître.

Vous êtes peintre et vous avez également étudié la psychologie. Comment êtes-vous venue à la poésie ?

J’ai toujours aimé lire et écrire, mais au départ, c’était surtout un hobby. Puis, à travers mon travail en psychologie, j’ai ressenti le besoin d’exprimer des émotions très profondes que la peinture ne parvenait pas toujours à faire émerger. J’ai commencé à les écrire, simplement, puis ces mots ont naturellement pris un rythme, des rimes, une dimension plus poétique. Peu à peu, un poème en a entraîné un autre, et la poésie est devenue mon refuge dans les moments difficiles, surtout lorsque les mots de tous les jours ne suffisaient plus à exprimer ce que je ressentais. Elle est devenue une forme de thérapie personnelle, un espace où je pouvais me comprendre, me libérer et me réparer. C’est ainsi que mon premier recueil est né, presque naturellement.

On sent, dans votre poésie, une volonté de dépasser la mélancolie. Jean Giono disait que « le poète doit être un professeur d’espérance ». Cette pensée vous correspond-elle ?

Oui, profondément. Je crois que, comme la thérapie, la poésie doit laisser une ouverture vers l’espoir. La vie est faite d’épreuves, de pertes et de moments difficiles, mais nous ne devons jamais cesser d’avancer.

Pour moi, écrire, c’est aussi rappeler que rien n’est figé : après une période sombre, un nouveau jour finit toujours par arriver. Il faut se réveiller chaque matin avec une forme de courage, presque comme un guerrier, prêt à affronter ce que la vie nous réserve, sans perdre de vue ce qui est beau.

Même dans les moments les plus difficiles, il y a toujours quelque chose à espérer, quelque chose à aimer, quelque chose de lumineux à chercher – en nous comme dans le monde. Si ma poésie peut transmettre cela, alors oui, je me reconnais pleinement dans cette idée du « professeur d’espérance ».

Quelle place accordez-vous à l’amour dans votre poésie ?

L’amour est sans doute le principal carburant de ma poésie. Il représente une force qui me pousse à écrire, mais aussi à persévérer, à ressentir et à me dévoiler. Écrire sur l’amour, c’est peut-être accepter d’être plus vulnérable, parce qu’on touche à ce qu’il y a de plus intime en soi. Il faut du courage pour mettre des mots sur ses sentiments, et encore davantage pour les publier et accepter que les autres nous voient dans cet état de nudité émotionnelle.

Je crois d’ailleurs que le poète n’atteint la véritable liberté que lorsqu’il ose parler de ce qu’il aime, même au risque d’être vulnérable.

Étant vous-même peintre, trouvez-vous une correspondance entre la peinture et la poésie ? On disait de Gibran qu’il « peint avec les mots ». Avez-vous le sentiment d’« écrire avec un pinceau » ?

Oui, tout à fait. Je me reconnais beaucoup dans Gibran, qui avait cette capacité rare de faire dialoguer la peinture et la poésie.

J’ai commencé par la peinture, et pourtant, dès que j’ai découvert la poésie, j’ai eu le sentiment qu’elle libérait en moi quelque chose que la peinture retenait encore. Aujourd’hui, je peux dire que la poésie est peut-être la forme d’art la plus intime pour moi : avec un pinceau, je peux exprimer une émotion ; avec les mots, je peux entrer directement à l’intérieur de celle-ci. Les deux restent néanmoins très liées dans mon esprit. Lorsque j’écris, je vois souvent des images, des couleurs, des scènes, presque comme des tableaux que je peins mentalement. Et parfois, une métaphore naît d’abord comme une image avant de devenir un poème. Alors oui, je crois que je continue à peindre, simplement avec un autre pinceau : celui des mots.

Propos recueillis par A. N.

Inner Bloom de Charlyn Khater, Librairie Antoine, 2026, 121 p.

Née à Beyrouth, Charlyn Khater est poétesse et peintre. Après des études en finance, puis en psychologie, elle a su allier sa compréhension de l’esprit et du cœur à son amour profond pour l’art. Son premier recueil de poésie en anglais, intitulé Inner Bloom, vient tout juste de paraître.Vous êtes peintre et vous avez également étudié la psychologie. Comment êtes-vous venue à la poésie ?J’ai toujours aimé lire et écrire, mais au départ, c’était surtout un hobby. Puis, à travers mon travail en psychologie, j’ai ressenti le besoin d’exprimer des émotions très profondes que la peinture ne parvenait pas toujours à faire émerger. J’ai commencé à les écrire, simplement, puis ces mots ont naturellement pris un rythme, des rimes, une dimension plus poétique. Peu à peu, un poème en a entraîné un...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut