Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, proche du Hezbollah. Photo Ani
Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, proche du tandem chiite Amal-Hezbollah, a vivement pris à partie vendredi le chef de l'État Joseph Aoun, l’accusant de « faire cavalier seul » sur le plan politique et allant jusqu’à déplorer que le Liban soit aujourd’hui « une présidence sans président ». « Un État géré comme une ferme ne peut fonctionner » et « une présidence nationale commence au Liban-Sud et sur ses fronts », a-t-il lancé à son adresse.
S’exprimant lors de son prêche du vendredi à la mosquée de l’imam Hussein à Bourj el-Brajné, dans la banlieue sud de Beyrouth, le dignitaire religieux a d’abord dressé un réquisitoire contre le fonctionnement de l’État. « Nous vivons dans un pays qui ressemble à une ferme, dans une patrie qui s’apparente à une propriété privée du pouvoir exécutif, avec des administrations publiques aux mains des entrepreneurs de l’État, des réseaux de gaspillage et des requins de la corruption politique et financière », a-t-il affirmé.
Il s’en est ensuite pris à la politique menée par l’Exécutif, estimant que celui-ci avait « perdu son pari » et que « le jeu de l’instrumentalisation politique avec les États-Unis et Tel-Aviv s’est soldé par le pire des échecs et des humiliations ». « Le plus dangereux est que certains sont plongés dans un jeu de dépendance et d’allégeance politique et sécuritaire qui touche au cœur même de l’architecture sécuritaire et souveraine du Liban », a-t-il poursuivi. « Ce qui est certain, dans cette période qui est la plus dangereuse pour le Liban, c’est que les principaux garants de la souveraineté sont la résistance, l’armée et l’unité nationale », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Il n’y a pas d’ennemi plus dangereux que Tel-Aviv ni de garant plus traître que Washington. »
S’adressant directement à Joseph Aoun, Ahmad Kabalan a encore durci le ton. « Un État géré comme une ferme ne peut fonctionner. Une présidence nationale commence au Liban-Sud et sur ses fronts, et le fait de faire cavalier seul sur le plan politique vous éloigne de votre peuple », a-t-il lancé. Selon lui, « le Liban national, souverain et populaire mène la bataille de la résistance nationale, à commencer par le Sud », déplorant l'absence de l'État dans cette région. « Le peuple libanais doit se réorganiser et la période actuelle constitue un test national », a-t-il ajouté. Le mufti jaafarite a ensuite déploré que « le pays soit aujourd’hui une présidence sans président », accusant le pouvoir actuel de brasser du vent dans le traitement des dossiers nationaux. Il a appelé à « protéger le Liban contre les projets de fragmentation, l’incitation confessionnelle, les médias sionisés et le pouvoir complice ».
Ces critiques interviennent alors qu'Israël s'acharne sur le Liban-Sud, malgré l’accord-cadre entre Beyrouth et Tel-Aviv, conclu le 26 juin 2026 à Washington. Cet accord, rejeté par le Hezbollah et son allié Amal, prévoit le déploiement de l’armée libanaise et le démantèlement des infrastructures du Hezbollah dans des « zones pilotes » où Israël s’engage à ne pas intervenir. Le retrait israélien du Liban-Sud, conditionné à un désarmement du Hezbollah, est au centre des négociations directes lancées entre le Liban et l’État hébreu. Le dernier round de pourparlers organisé à Rome n'a pas permis d'aboutir toutefois à des avancées sur la question des futures zones pilotes et d'un arrêt de l'offensive israélienne. Mercredi, le président Aoun avait réitéré sa conviction que les négociations avec l’État hébreu restaient la solution la plus viable pour le Liban, même si elles « ne sont ni faciles ni rapides ».
Le dignitaire religieux a enfin appelé « l’Église et la mosquée » à « faire entendre la voix du Christ et de Mahomet à la mesure de la colère du ciel contre Tel-Aviv terroriste ». « Se taire ici est un péché », a-t-il lancé, estimant que « celui qui garde le silence face à la violation du caractère sacré de sa patrie se risque à un jeu qui pourrait presque brûler le Liban ».

