Un homme arrive à la prison de Roumié, au nord-est de Beyrouth, pour rendre visite à un détenu le 7 avril 2006. Photo d'archives RAMZI HAIDAR/AFP
En l’espace de quatre jours, deux détenus sont morts dans deux prisons libanaises, à Roumieh et à Zahlé. Ces décès, qui ont lieu mercredi puis samedi, ont suscité l’indignation du Comité des familles des prisonniers et de l’Observatoire libanais des droits des détenus, qui, de part et d’autre, ont publié des communiqués dénonçant la situation jugée déplorable dans les établissements pénitentiaires et ont appelé à l’adoption de la loi d’amnistie générale. Voté par le Parlement, le 11 août, ce texte n’est pas encore paru dans le Journal officiel, dans l’attente de sa promulgation par le président de la République, Joseph Aoun. Des partis qui y sont hostiles pressent toutefois M. Aoun de le renvoyer à l’Assemblée nationale pour qu’il soit examiné et éventuellement amendé.
Les deux décès n’ont pas été confirmés par le ministère de l’Intérieur ni par la direction des Forces de sécurité intérieure (FSI), ni par les administrations des prisons concernées, qui n’ont publié aucun communiqué à ce sujet. Contactée par L’Orient-Le Jour, une source au sein des FSI a néanmoins confirmé les deux décès.
Concernant le prisonnier mort mercredi à Zahlé, la source précitée a indiqué qu’il s’agissait d’un septuagénaire libanais décédé à l’hôpital des suites d’une hémorragie cérébrale liée à un accident vasculaire cérébral (AVC), après avoir souffert d’hypertension artérielle. Il était détenu depuis cinq ans, dans le cadre d’une accusation de meurtre et n’avait toujours pas été jugé.
Quant au prisonnier décédé à Roumieh, également de nationalité libanaise, il était âgé d’une quarantaine d’années et père de quatre enfants, selon Mohammad Sablouh, avocat et militant des droits des détenus. Il était incarcéré depuis 7 ans, après avoir été condamné à 12 ans de prison pour collaboration avec Israël, indique l’avocat à L’OLJ. Pour lui, quand bien même ce type de crime est exclu du champ d’application de la loi d’amnistie générale, l’homme aurait pu bénéficier, d’une réduction d’un tiers de sa peine si le texte était déjà entré en vigueur. Il aurait ainsi été proche de recouvrer sa liberté.
Selon Me Sablouh, la mort, survenue dans le bâtiment C de la prison de Roumieh, est due à une inflammation pulmonaire et une accumulation de liquide dans les poumons. L’avocat affirme qu’il n’a reçu que du paracétamol pour traiter son état, et déplore l’absence d’un service d’urgence correctement équipé au sein de la prison. L’un de ses codétenus, dont Me Sablouh est l’avocat, a indiqué à ce dernier qu’avec d’autres prisonniers, il avait tenté de le ranimer, mais en vain. Le communiqué de l’Observatoire libanais des droits des détenus affirme, pour sa part, que le quadragénaire ne souffrait d’aucune maladie grave avant son arrestation.
Plus généralement, le Comité des familles des détenus au Liban, a indiqué, dans son communiqué, que le nombre de prisonniers décédés à l’intérieur des centres de détention depuis le début de l’année s’élève désormais à 71.


