Le porte-avions américain USS George Washington (CVN-73). Photo tirée du site officiel de l’US Navy/www.airpac.navy.mil
Le porte-avions américain USS George Washington, jusqu’ici déployé dans le Pacifique, fait route vers le Moyen-Orient pour prendre le relais de l’USS Abraham Lincoln, mobilisé depuis plus de 250 jours et engagé dans la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran, rapportent le quotidien américain Wall Street Journal (WSJ) et l’agence Associated Press (AP).
Cette relève intervient alors que plusieurs élus américains s’inquiètent des conditions de vie à bord de l’USS Lincoln, qui enchaîne les mois de déploiement sans escale, et plus largement de la pression exercée par le conflit sur les équipages et les capacités de la marine américaine.
L’USS George Washington, basé au Japon et qui opérait ces dernières semaines en mer de Chine méridionale, a quitté Da Nang, au Vietnam, la semaine dernière. Accompagné d’un croiseur et d’un destroyer, il a depuis franchi le détroit de Singapour et se trouvait jeudi dans le détroit de Malacca, qui relie les océans Pacifique et Indien, selon un responsable de la marine américaine cité par l’AP. L’USS George Washington sera ainsi l’un des deux porte-avions américains actuellement déployés au Moyen-Orient, aux côtés de l’USS George Bush, qui se trouve en mer d’Arabie avec la Cinquième flotte de la marine américaine, selon des informations du Commandement central américain (Centcom) en juillet dernier. En mai, l’USS Gerald Ford avait quitté la Méditerranée, un départ qui avait réduit les capacités militaires américaines au Moyen-Orient.
Mis en service en 1992, l’USS George Washington est un porte-avions à propulsion nucléaire de classe Nimitz. Long de 333 mètres et large de 78 mètres, il affiche un déplacement proche de 99 000 tonnes à pleine charge et peut accueillir plus de 6 000 membres d’équipage. Son pont d’envol, d’une superficie d’environ 18 000 mètres carrés, permet au bâtiment d’embarquer plusieurs dizaines d’aéronefs, faisant de lui une véritable base aérienne flottante capable de mener des opérations loin du territoire américain.
Plus de 250 jours de déploiement pour l’USS Lincoln
La rotation entre l’USS Lincoln et l’USS Washington avait été programmée avant que les inquiétudes concernant les conditions à bord du Lincoln ne soient rendues publiques, a précisé au WSJ l’un des responsables américains interrogés.
Le Lincoln avait quitté San Diego le 21 novembre 2025 dans le cadre d’un déploiement programmé, avant d’être redirigé vers le Moyen-Orient en janvier 2026, en amont du déclenchement de la guerre américaine contre l’Iran le 28 février. Ses avions embarqués ont joué un rôle important dans la campagne de bombardements américaine « Epic Fury », avant que le porte-avions ne participe au blocus imposé par Washington aux ports iraniens, selon le quotidien américain. Le navire est désormais déployé depuis plus de 250 jours et n’a effectué aucune escale depuis environ 200 jours, un record de jours consécutifs en mer, selon le sénateur démocrate Richard Blumenthal, membre de la commission des forces armées du Sénat.
Cette situation suscite des interrogations croissantes au Congrès. Dans une lettre adressée mercredi au secrétaire à la Défense Pete Hegseth et au secrétaire par intérim à la Marine Hung Cao, M. Blumenthal fait état d’informations concernant « des pénuries généralisées de produits de première nécessité, une contamination de l’eau, des problèmes de plomberie, une détérioration de la santé mentale, des inquiétudes concernant la sécurité sur le pont et des perturbations du système postal ». La marine américaine a reconnu que le conflit avait entraîné des pénuries et des difficultés dans l’acheminement du courrier, mais affirme ne pas avoir constaté d’augmentation des problèmes de santé mentale ou des tentatives de suicide à bord du Lincoln. Pete Hegseth a également rejeté jeudi les informations faisant état de mauvaises conditions à bord.
Une flotte américaine sous pression
Au-delà de la situation à bord du Lincoln, sa relève met en lumière les difficultés auxquelles la marine américaine est confrontée pour maintenir dans la durée une importante présence navale au Moyen-Orient. Si les porte-avions peuvent rester longtemps en mer, ils effectuent habituellement des escales permettant de se réapprovisionner, d’assurer certaines opérations de maintenance et d’accorder du repos aux équipages.
Le déplacement du George Washington est d’autant plus notable que le porte-avions est habituellement basé à Yokosuka, au Japon, et opère dans une région devenue prioritaire pour Washington face à la montée en puissance de la Chine. Son départ vers le Moyen-Orient laissera temporairement un vide dans le Pacifique, où Pékin déploie également ses propres porte-avions, soulignent le WSJ et l’AP.
La marine américaine dispose de onze porte-avions en service actif, qui nécessitent d’importantes périodes de maintenance après leurs déploiements. Selon Bryan Clark, ancien officier de marine et chercheur au Hudson Institute, les conséquences des opérations liées à la guerre contre l’Iran pourraient nécessiter jusqu’à trois ans avant que la flotte ne retrouve son niveau optimal de disponibilité.


