Un drapeau israélien se tient près d'une source naturelle à Ein Samiya, près de Ramallah, en Cisjordanie occupée par Israël, le 17 juillet 2026. Photo REUTERS/Ammar Awad
Par une journée d'été accablante, des colons israéliens se baignent dans une piscine de Cisjordanie créée en siphonnant l’eau qui irriguait autrefois les cultures palestiniennes, l'une des nombreuses saisies de ressources hydriques à travers le territoire occupé.
La source constituait une bouée de sauvetage pour le village voisin de Fassayil, dans la fertile vallée du Jourdain, où les Palestiniens en dépendent depuis des générations pour l’alimentation, l’emploi et pour compléter des approvisionnements domestiques irréguliers fournis par Israël. « Notre approvisionnement en eau demeure coupé à ce jour, nous privant de l’eau dont nous dépendons pour nos foyers, nos moyens de subsistance et nos terres agricoles », déclare Saad Nemr, exploitant du terrain.
Les colons israéliens ont saisi sa conduite d’irrigation en juin, acheminant l’eau vers une piscine ancienne située sur un site archéologique. Peu de temps après, les colons l’ont présentée comme attraction touristique israélienne et le ministre israélien des Finances, issu de l’extrême droite, Bezalel Smotrich, a promis un soutien financier. « Ils sont désormais en train de développer un parc de loisirs autour de la piscine », indique Nemr.
Rendre la vie intenable
La saisie de la source à Fassayil s'inscrit dans un schéma que les Palestiniens considèrent comme étant conçu pour rendre leur vie intenable en Cisjordanie. Selon les données des Nations unies, les colons israéliens ont attaqué au moins 160 sites d’eau et d’assainissement à travers le territoire palestinien cette année.
Les serres et champs de Nemr devraient normalement être remplis d’aubergines, de courgettes et de pastèques, mais sans eau, il n’a pas pu planter sur cette terre brûlée. « Le fait que les colons coupent notre eau nous a causé des pertes et fait que de nombreuses familles perdront leur travail et leurs moyens de subsistance », dit-il. Nemr raconte qu’un de ses employés a été frappé par des colons et qu’il a lui-même fait l’objet de menaces pour avoir tenté d’approcher la source il y a déjà deux ans.
Yishaï Shreiber, 21 ans, colon israélien venu se baigner dans la piscine près de Fassayil un après-midi d’août, affirme que les Palestiniens n’osent plus maintenant s’approcher. « Maintenant qu’ils voient cette foule entière, tous ces grands groupes de Juifs venir ici pour se baigner, ils ont peur de venir », affirme-t-il. Le colon soutient que la Cisjordanie appartient au peuple juif et que si les Palestiniens refusent d’accepter l’autorité juive, ils devraient partir.
La « guerre de l'eau »
Le gouvernement de coalition d’extrême droite d’Israël a supervisé une construction massive de colonies que Bezalel Smotrich affirme destinée à enterrer l’idée d’un État palestinien, lequel a été reconnu par plus de 150 des 193 États membres de l’ONU comme englobant la bande de Gaza et la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est. Les Nations unies et la plupart des gouvernements considèrent que les colonies sont illégales au regard du droit international relatif à l’occupation militaire. Israël a conquis la Cisjordanie lors de la guerre de 1967, mais estime que le territoire est disputé plutôt qu’occupé.
Les Palestiniens ont constaté une forte augmentation des violences de la part des colons et, selon le chercheur de terrain palestinien Farès Foqahaa, les colons contrôlent désormais 95 % des sources dans le nord de la vallée du Jourdain, entraînant le déplacement de communautés.
Dans un autre village de Cisjordanie, Qousra, des colons assiégeant toujours trois habitations jeudi, ont également coupé leur eau et électricité. Adel Yassine, responsable de l'eau à l’Autorité palestinienne, affirme que les colons s’en prennent aux ressources hydriques dans le cadre d’une campagne systématique visant à forcer les Palestiniens à quitter leurs terres. « Je considère cela comme une guerre de l’eau. C’est la balle silencieuse qui tue les Palestiniens sans bruit », dit-il, évoquant le processus qui rend leur subsistance intenable.
Un archéologue israélien dénonce
Début juin, Eliav Libi, un responsable colon visé par des sanctions du Canada et d’autres pays, a publié une vidéo montrant la piscine en train de se remplir d’eau. Lui et d’autres colons soutiennent que la piscine appartenait au roi juif Hérode, remontant à la période biblique. Mais un archéologue du groupe israélien de défense du patrimoine Emek Shaveh, Alon Arad, précise que l’origine de la piscine reste incertaine. « Nous observons dans de nombreux cas l’utilisation de l’archéologie… pour créer l’impression que la Cisjordanie est exclusivement juive », explique-t-il, ajoutant que les colons endommagent un site archéologique en le remplissant d'eau.
À l’extérieur de la piscine, un panneau publicitaire annonçait un investissement de 3 millions de shekels (1 million de dollars) de M. Smotrich, l’un des architectes de l’extension des colonies, qui a indiqué sur la plateforme Telegram que cette somme était destinée à la restauration et au développement des « piscines d’Hérode ». La piscine et la source voisine étaient bondées de familles israéliennes nageant et pataugeant dans l’eau. Aucun Palestinien n’était présent.
L’une des rares sources naturelles encore accessibles aux Palestiniens se situe près de la ville de Naplouse, à Wadi al-Badhan. En juillet, des familles s’y installaient à des tables en plastique posées dans des ruisseaux peu profonds et pique-niquaient les pieds dans l’eau courante. Les sources se trouvent près du centre urbain de Naplouse et, jusqu’à cette année, avaient rarement fait l’objet d’incursions de colons.
Des centaines de colons ont envahi les sources plus tôt cet été, s’asseyant aux tables en plastique et marchant dans les bassins, selon cinq Palestiniens. Nizam Farès, propriétaire d’un parc aménagé autour d’une source naturelle à al-Badhan, affirme que les gens ne prennent plus plaisir à visiter la région. « Les gens sont devenus craintifs et nerveux. Ils viennent et demandent si les colons arrivent ou non ? » dit-il.

