Dossiers Patrimoine

Le Liban à livre ouvert

Le Liban à livre ouvert

Musée Gibran, Bécharré

Au Liban, la littérature ne demeure pas seulement dans les bibliothèques : elle habite des maisons, des monastères, des sentiers, des grottes et même des tombeaux. Ce parcours invite à lire le pays par les lieux où les œuvres furent écrites, rêvées ou conservées. Chaque étape fait du visiteur un lecteur en mouvement, attentif aux traces matérielles de la création comme aux silences laissés par les auteurs.

Musée Gibran, Bécharré

Dans l’ancien ermitage de Mar Sarkis, la visite conduit au plus près de Gibran Khalil Gibran. Manuscrits, carnets, éditions originales, objets personnels et peintures composent l’autoportrait fragmentaire d’un écrivain partagé entre Bécharré et New York. Sa tombe, creusée dans la roche, donne au musée la gravité d’un lieu de retour. On y mesure combien Le Prophète est né d’une double appartenance : la montagne libanaise comme mémoire et l’exil comme langue universelle. Les tableaux révèlent que, chez Gibran, l’écriture et le dessin procèdent d’une même quête spirituelle. Les objets rapportés de son atelier new-yorkais rendent sensible la tension qui traverse sa création : parler depuis l’ailleurs sans cesser d’habiter intérieurement Bécharré. Le musée permet ainsi de relire l’œuvre du peintre et de l’écrivain comme le fruit d’une enfance, d’un déracinement et d’un retour symbolique à la terre natale, qu’il choisit pour dernière demeure.

Billet requis, mar.-dim., 10 h à 17 h, +961 6 671 137

Sentier littéraire de Baskinta

À Baskinta, lire Mikhaïl Naïmé exige de marcher. Le jardin commémoratif rappelle l’auteur et son attachement à la montagne, tandis que le Centre culturel Abdallah Ghanem prolonge la mémoire culturelle du village. Né à Baskinta en 1895, Ghanem fut poète, philosophe, enseignant et journaliste. Fondateur de l’hebdomadaire Sannine et de la revue Al-Dahr, il puisa dans la campagne environnante la matière d’une poésie méditative consacrée à la nature, à la patrie et à la condition humaine. La grotte de Sayf el-Dawla et l’église Saydet el-Khalleh inscrivent le parcours dans la pierre, la légende et le sacré. Le visiteur comprend que le paysage n’illustre pas l’œuvre de Naïmé, mais en constitue une source profonde. La découverte peut se prolonger, sur rendez-vous, à la maison-musée Mikhaïl Naïmé à Mtayleb, qui conserve ses manuscrits, son mobilier et ses objets personnels.

Accès libre de jour, intérieurs sur rendez-vous.

Municipalité de Baskinta : +961 4 288 293  ; Maison-musée Mikhaïl Naïmé : +961 3 768 389

Musée Amine Rihani , Freikeh

Installé dans la demeure familiale du XIXe siècle, où Amine Rihani vit le jour en 1876, le musée restitue la trajectoire de celui que l’on surnomme le « philosophe de Freikeh ». Livres, manuscrits, correspondances, portraits, dessins, objets personnels et souvenirs de voyage témoignent d’une œuvre écrite en arabe comme en anglais, à la croisée du Liban, de New York et de la péninsule Arabique. Auteur du Cœur du Liban et des Rois des Arabes, Rihani fut l’une des figures fondatrices de la littérature du Mahjar et l’un des premiers écrivains arabes à publier directement en anglais. Son œuvre interroge la liberté, la réforme sociale, la citoyenneté, l’unité arabe et le dialogue entre l’Orient et l’Occident. L’année 2026, qui marque le 150e anniversaire de sa naissance, donne lieu à un programme commémoratif organisé par la Fondation Ameen Rihani et les Amis du musée : conférences, débats, expositions, publications, présentations de manuscrits et visites se déroulent dans plusieurs institutions culturelles et universitaires.

Sur rendez-vous : +961 4 926 062

Calendrier des événements : www.ameenrihani.org

Musée NABU, El-Heri

NABU porte le nom du dieu mésopotamien de l’écriture et de la sagesse. Au-delà de l’art et de l’archéologie, sa collection permet de remonter vers les civilisations de l’écrit : tablettes, inscriptions, manuscrits et objets montrent comment le signe devient mémoire. Face à la Méditerranée, le musée rapproche les alphabets anciens de la création contemporaine. Il constitue une étape essentielle du tourisme littéraire : avant le livre, il y eut la matière, le geste du scribe et le désir de transmettre. NABU élargit ainsi le parcours des maisons d’auteurs vers une histoire beaucoup plus ancienne, celle de la naissance matérielle du texte. Les pièces exposées rappellent que toute œuvre commence par un support fragile – argile, pierre ou papier –, qu’une société choisit de préserver. Cette attention à la matière fait du musée une vaste préface à l’histoire littéraire du Liban et du Proche-Orient, bien avant l’imprimerie moderne.

Entrée libre, mer.-dim., 8 h à 18 h, +961 26 541 341

Palais Mezher (maison de Lamartine), Hammana

Il ne s’agit pas d’une « maison Lamartine » au sens muséal, mais du palais Mezher, où le poète séjourna en mars 1833, après la mort, à Beyrouth, de sa fille Julia, durant le voyage familial. Hammana appartient ainsi à la géographie du Voyage en Orient : architecture, falaises, eaux et montagnes nourrissent une prose où le paysage devient un état de l’âme. Le lieu invite à confronter le territoire visible à sa métamorphose littéraire : ce que Lamartine observa, ce qu’il choisit de décrire et ce que son imaginaire romantique projeta sur l’Orient. La visite suppose donc une lecture critique de ce regard européen, qui transforme le Liban en espace de méditation, d’émerveillement et de deuil. Hammana devient ainsi une halte poétique autant qu’un lieu de réflexion sur l’orientalisme.

Contacter la municipalité : +961 81 351 122

Sur les traces de Renan et May Ziadé

À Ghazir, un mémorial rappelle le séjour d’Ernest Renan et la rédaction des premières pages de La Vie de Jésus, durant l’été 1861, dans une maison traditionnelle à trois arcades. L’écrivain, philosophe et archéologue travaillait alors à la mission scientifique que lui avait confiée Napoléon III pour explorer les vestiges de l’ancienne Phénicie. Depuis 2007, un buste en bronze, réalisé par le sculpteur Bassam Kyrillos, réhabilite dans la mémoire du village le souvenir de cet auteur profondément marqué par les paysages et les hauts lieux du christianisme oriental. À Amchit, la demeure des Zakhia conserve la trace de son séjour et de celui d’Henriette, sa sœur et collaboratrice. La tombe de cette dernière, près de l’église Notre-Dame, transforme l’itinéraire en récit de fraternité et de deuil. Non loin de Ghazir, à Chahtoul, une statue honore May Ziadé, essayiste, poète et salonnière de la Nahda.

Accès extérieur libre, demeures privées sur autorisation.

Contacter les municipalités : Ghazir : +961 9 926 809  ; Amchit : +961 9 620 483

Fondation Charles Corm, Beyrouth

Édifiée en 1929, la maison de Charles Corm raconte la trajectoire singulière d’un homme qui fut à la fois poète, écrivain, entrepreneur et animateur de la vie culturelle libanaise. Inspirée des gratte-ciels américains, cette tour blanche abrita d’abord le siège de son entreprise et la représentation des automobiles Ford pour le Levant, avant de devenir sa demeure familiale et son lieu d’écriture. Sa bibliothèque, son salon oriental, sa salle de musique et son cinéma accueillaient écrivains, artistes et intellectuels. Gravement endommagée pendant la guerre, la maison fut restaurée puis rouverte au public en 2022, en partenariat avec l’Université Saint-Joseph. Ses archives, ses œuvres, son mobilier Art déco et Bauhaus ainsi que son jardin permettent d’explorer l’univers de l’auteur de La Montagne inspirée et fondateur de la Revue phénicienne. Devenue un espace culturel vivant, elle accueille expositions, conférences, visites et ateliers. La Fondation est toutefois temporairement fermée depuis le 3 mars 2026  ; les modalités de réouverture doivent être vérifiées avant toute visite.

Fermeture temporaire  ; informations : + 961 3 351 471, www.fondationcharlescorm.org

Musée Élias Abou Chabké, Zouk Mikaël

Dans une maison en pierre du XIXe siècle, à Zouk Mikaël, le musée Élias Abou Chabké conserve la mémoire de l’un des grands poètes libanais du XXe siècle. Écrivain, journaliste et traducteur, Abou Chabké fut l’une des voix marquantes de la poésie arabe moderne, à la croisée du romantisme, du symbolisme et de l’esprit de la Nahda. Aménagé par Jean-Louis Mainguy dans la maison du poète, le musée expose ses manuscrits, ses livres et ses effets personnels, témoignant d’une époque où la littérature participait pleinement au renouvellement intellectuel et culturel du Liban. Il devrait constituer une étape essentielle de cette géographie littéraire. Pourtant, faute de restauration par la municipalité, il demeure fermé au public. Une maison d’écrivain inaccessible est une page de la mémoire littéraire du Liban que l’on empêche encore de lire.


Au Liban, la littérature ne demeure pas seulement dans les bibliothèques : elle habite des maisons, des monastères, des sentiers, des grottes et même des tombeaux. Ce parcours invite à lire le pays par les lieux où les œuvres furent écrites, rêvées ou conservées. Chaque étape fait du visiteur un lecteur en mouvement, attentif aux traces matérielles de la création comme aux silences laissés par les auteurs.Musée Gibran, BécharréDans l’ancien ermitage de Mar Sarkis, la visite conduit au plus près de Gibran Khalil Gibran. Manuscrits, carnets, éditions originales, objets personnels et peintures composent l’autoportrait fragmentaire d’un écrivain partagé entre Bécharré et New York. Sa tombe, creusée dans la roche, donne au musée la gravité d’un lieu de retour. On y mesure combien Le Prophète est né...
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