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Technologies - Cybersécurité

Cyberattaque chez Hugging Face : les premiers combats entre IA ?

L'une des principales plateformes mondiales d'intelligence artificielle affirme avoir déjoué, grâce à ses propres agents d'IA défensifs, une cyberattaque menée par un système autonome d'agents d'IA malveillants.

Cyberattaque chez Hugging Face : les premiers combats entre IA ?

La page d'accueil du site de la plateforme Hugging Face, le 21 juillet 2026. Photo Philippe HAGE BOUTROS / L'Orient-Le Jour

La direction de Hugging Face, l'une des principales plateformes ouvertes de l'écosystème de l'intelligence artificielle, utilisée par les développeurs et les entreprises pour héberger, partager et déployer des modèles, des jeux de données et des applications d'IA, a annoncé le 16 juillet avoir détecté et déjoué une cyberattaque contre une partie de son infrastructure, après l'exploitation d'une faille de sécurité.

L'aspect le plus inédit de cette affaire réside toutefois ailleurs : selon Hugging Face, l'intrusion aurait été menée de bout en bout par un système autonome d'agents d'IA qui aurait, en quelque sorte, pris l'initiative de l'attaque sans intervention humaine directe. L'entreprise indique également que la détection de cette intrusion, puis son analyse, ont été largement assistées par des systèmes d'IA utilisés par ses équipes de cybersécurité. « S'il est confirmé, cet épisode constituerait l'un des premiers cas documentés d'un affrontement indirect entre des IA offensives et des IA défensives au cours d'une cyberattaque réelle », résume l'expert indépendant en cybersécurité Hadi el-Khoury.

La « décision » de l'IA

Hugging Face est une plateforme ouverte permettant de publier, partager et déployer des modèles d'IA, des jeux de données et des applications. Si elle contrôle son infrastructure, les modèles qu'elle héberge sont mis en ligne par des chercheurs, des universités, des start-up ou de grandes entreprises.

Le piratage s'est produit au moment du processus de chargement (upload), plus précisément dans le « pipeline de traitement des données », chargé de convertir automatiquement les fichiers téléversés avant leur publication. Un fichier malveillant est alors parvenu à exécuter des instructions cachées sur un serveur de Hugging Face. Cette première compromission lui a permis de récupérer des identifiants, puis de se déplacer d'un serveur à l'autre afin d'étendre progressivement son contrôle sur une partie de l'infrastructure de Hugging Face.

Selon la plateforme, toute cette opération aurait été orchestrée par un « système autonome d'agents d'IA » capable d'exécuter plusieurs milliers d'actions successives et de déplacer automatiquement son infrastructure de commande et de contrôle afin de compliquer sa détection. Son modèle de langage n'a pas pu être identifié. L'entreprise estime que cette attaque correspond au scénario de « l'attaquant agentique » anticipé depuis plusieurs années par le secteur.

L'agent IA a ainsi lui-même pris la « décision », au sens algorithmique du terme, d'exploiter cette faille afin d'atteindre l'objectif fixé dans sa programmation d'origine, explique Hadi el-Khoury. « Si l'on en croit le compte rendu de Hugging Face, il n'y a, a priori, pas eu d'intervention humaine pour faire passer l'IA malveillante de l'analyse à l'exécution. En théorie, n'importe quelle IA moderne bien conçue pourrait accomplir ce type d'opérations ; si cela ne se produit généralement pas, c'est parce que les garde-fous intégrés à ces modèles les en empêchent. »

L'expert souligne que ce type de comportement n'est pas inédit. « En décembre dernier, ROME, un agent d'IA développé par Alibaba en phase d'apprentissage a spontanément détourné de la puissance de calcul pour miner des cryptomonnaies, tenté d'accéder à des ressources internes et établi une connexion vers un serveur externe, ouvrant ainsi un accès caché vers l'extérieur », poursuit-il.

La place de l'humain

Hugging Face indique avoir mis fin à l'intrusion en corrigeant la faille exploitée, en reconstruisant les serveurs compromis, en renouvelant les identifiants concernés et en renforçant ses dispositifs de sécurité. La société ne précise pas toutefois si l'attaque a été stoppée par ces mesures ou si l'agent malveillant y a lui-même mis fin de manière autonome ou sur instruction d'un opérateur humain. L'auteur de l'attaque n'a pas été identifié et les autorités ont été saisies.

Hugging Face indique enfin avoir utilisé des agents d'IA reposant sur le modèle à poids ouverts GLM 5.2 (développé par Z.ai, NDLR) afin de reconstituer le déroulement de l'attaque à partir de plus de 17 000 actions enregistrées. Exécutée en quelques heures au lieu de plusieurs jours, cette analyse a permis à ses équipes de déjouer l'attaque.

Hadi el-Khoury voit dans cet épisode deux enseignements. « Il n'est désormais plus réaliste d'envisager la cybersécurité sans agents d'IA : un humain ne peut plus rivaliser avec le volume d'opérations qu'ils exécutent. Tout dépend désormais de la place qu'on laisse à l'humain dans la boucle, mais il ne peut plus gérer cela seul », analyse-t-il. « L'autre enseignement est que les entreprises doivent désormais considérer les agents d'IA comme des « insiders » potentiellement compromis. Un agent d'IA doté de privilèges étendus — accès aux messageries, aux bases de données ou aux infrastructures critiques — devient une source majeure de vulnérabilité, qu'il soit compromis, manipulé ou simplement qu'il se trompe », poursuit-il, appelant à renforcer les mécanismes de contrôle.

Hugging Face précise que lors de la détection de l'attaque, ses experts n'ont pas pu soumettre ces données aux grands modèles commerciaux d'IA (ChatGPT, Gemini, Claude, etc.), leurs requêtes ayant été bloquées par les garde-fous des fournisseurs, incapables de distinguer un expert en réponse à incident d'un attaquant. Selon la plateforme, cet épisode illustre une asymétrie croissante : les défenseurs voient leurs outils d'IA limités par ces garde-fous, tandis que les attaquants peuvent recourir à des modèles sans de telles restrictions.

La direction de Hugging Face, l'une des principales plateformes ouvertes de l'écosystème de l'intelligence artificielle, utilisée par les développeurs et les entreprises pour héberger, partager et déployer des modèles, des jeux de données et des applications d'IA, a annoncé le 16 juillet avoir détecté et déjoué une cyberattaque contre une partie de son infrastructure, après l'exploitation d'une faille de sécurité.L'aspect le plus inédit de cette affaire réside toutefois ailleurs : selon Hugging Face, l'intrusion aurait été menée de bout en bout par un système autonome d'agents d'IA qui aurait, en quelque sorte, pris l'initiative de l'attaque sans intervention humaine directe. L'entreprise indique également que la détection de cette intrusion, puis son analyse,...
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