Entretiens Rencontre

Élie Maucourant : « Le polar permet d’observer la société avec honnêteté »

Bureau 26, le nouveau thriller du Franco-Libanais basé à Lyon, entraîne le lecteur des bureaux d’Interpol aux plages grecques, des boîtes de nuit berlinoises aux falaises écossaises.

Élie Maucourant : « Le polar permet d’observer la société avec honnêteté »

Élie Maucourant. Photo DR

«Le pape ne doit pas mourir. » C’est ainsi que débute Bureau 26, le nouveau thriller du Franco-Libanais Élie Maucourant, paru en mai aux éditions Métailié. Après le roman policier Marcheurs (Québec-Livres, 2015) et la saga de science-fiction Warm Blue (L’Harmattan, 2019), ce professeur de lettres établi à Lyon signe un polar ambitieux, qui entraîne le lecteur aux quatre coins de l’Europe, avec un passage par Beyrouth, dans un Liban entre deux guerres.

Des bureaux d’Interpol à Lyon aux plages grecques, des boîtes de nuit berlinoises aux falaises écossaises, l’auteur compose un thriller contemporain aux allures de course contre la montre. Le lecteur suit les pas de l’enquêteur Gabriel D’Amore, confronté autant à une intelligence artificielle aux capacités potentiellement dévastatrices qu’à ses propres fantômes.

La bataille est donc double dans ce roman solidement ancré dans un réel à peine décalé du nôtre, voire déjà à notre porte. Derrière l’intrigue policière et technologique, Bureau 26 interroge notre rapport à l’IA, aux souvenirs qui nous façonnent et à la difficulté d’échapper au passé. Un livre parfaitement calibré pour la saison estivale et un personnage principal dont on attend les nouvelles aventures, « déjà en cours d’écriture », nous confie Élie Maucourant. Rencontre.

D’où vient cette prédilection pour le roman policier ?

Ce qui me plaît dans le roman policier, c’est qu’il ne parle pas uniquement d’une enquête. C’est un moyen d’explorer le monde tel qu’il est, avec ses zones grises et ses contradictions. Je ne cherche pas à écrire des romans politiques, mais le polar permet d’observer la société avec honnêteté. L’auteur n’est pas seulement quelqu’un qui propose une énigme à résoudre : il dresse aussi un portrait de son époque. Cela implique un important travail documentaire. Pour Bureau 26, j’ai rencontré des armuriers, échangé avec des membres d’Interpol, des informaticiens ou encore des médecins. Cela ressemble parfois au travail d’un journaliste.

L’intelligence artificielle joue un rôle important dans le récit. Quel regard portez-vous sur cette technologie ?

On présente souvent l’IA comme un simple outil. Je trouve cette vision un peu naïve. À bien des égards, elle ressemble davantage à une arme qu’à un instrument neutre. J’y vois plus un risque d’aliénation qu’un facteur de libération. J’ai parfois le sentiment que nous sommes en train de remettre les clés de notre liberté à un nouveau geôlier.

En revanche, je ne crois pas qu’elle puisse remplacer les écrivains. Quand nous lisons un livre, nous cherchons la rencontre avec une autre sensibilité humaine, une autre façon de voir le monde. La littérature reste avant tout un dialogue entre deux êtres humains.

En ancrant vos récits dans le réel, cherchez-vous à faire passer un message sur la société ?

J’essaie surtout d’être honnête. Je me méfie de la posture de l’écrivain qui prétend délivrer une morale. Mon rôle consiste plutôt à montrer le monde tel que je le perçois et à laisser au lecteur la liberté de tirer ses propres conclusions. Je ne fais pas de littérature engagée, même si l’on n’est jamais totalement neutre.

Dans les remerciements, vous expliquez que l’idée de Bureau 26 est née lors d’une discussion avec votre sœur Nada (Maucourant Atallah), journaliste au Liban et ancienne collaboratrice de L’Orient-Le Jour. Les échanges avec vos proches sont-ils une source importante d’inspiration ?

Bien sûr. L’image de l’écrivain solitaire est fausse. Pour écrire sur le monde, il faut être dans le monde. L’idée de Bureau 26 est effectivement née lors d’une conversation avec ma sœur. Je suis convaincu qu’un auteur travaille seul, mais qu’il n’écrit jamais seul. Les rencontres, les discussions et les désaccords nourrissent constamment l’écriture.

La mémoire occupe une place centrale dans Bureau 26. C’est une thématique qui vous poursuit de roman en roman…

C’est assez étrange parce que je n’ai jamais décidé consciemment d’écrire sur la mémoire. Pourtant, le thème revient sans cesse. Dans Marcheurs, il est déjà question de ce qui a été enfoui. Dans Warm Blue, les personnages sont hantés par leurs souvenirs. Dans Bureau 26, la mémoire est centrale dans le récit et accompagne le personnage principal tout au long de son enquête.

Je pense qu’il existe aussi une influence de mon héritage libanais. Dans beaucoup de familles, il y a des sujets dont on ne parle pas. Ces silences pèsent parfois plus lourd que les paroles. Même lorsqu’on n’a pas vécu directement certains événements, on hérite malgré tout de leur empreinte.

Je tiens toutefois à préciser que je ne fais pas d’autofiction. J’utilise parfois des éléments biographiques, mais uniquement comme matériau pour construire une fiction.

Un prochain retour à Beyrouth est-il prévu ?

Le plus tôt possible !

Bureau 26 d’Élie Maucourant, Éditions Métailié, 2026, 373 p.

«Le pape ne doit pas mourir. » C’est ainsi que débute Bureau 26, le nouveau thriller du Franco-Libanais Élie Maucourant, paru en mai aux éditions Métailié. Après le roman policier Marcheurs (Québec-Livres, 2015) et la saga de science-fiction Warm Blue (L’Harmattan, 2019), ce professeur de lettres établi à Lyon signe un polar ambitieux, qui entraîne le lecteur aux quatre coins de l’Europe, avec un passage par Beyrouth, dans un Liban entre deux guerres.Des bureaux d’Interpol à Lyon aux plages grecques, des boîtes de nuit berlinoises aux falaises écossaises, l’auteur compose un thriller contemporain aux allures de course contre la montre. Le lecteur suit les pas de l’enquêteur Gabriel D’Amore, confronté autant à une intelligence artificielle aux capacités potentiellement dévastatrices qu’à ses propres...
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