Chaque année, autour de la date symbolique du 18 juin, notre association, Fondation pour la sauvegarde du patrimoine du général de Gaulle au Liban, engage plusieurs initiatives culturelles, académiques et médiatiques destinées à prolonger la pensée gaullienne et à ouvrir des espaces de réflexion sur les défis auxquels le Liban est confronté.
L’Appel du 18 juin n’est pas seulement une commémoration. C’est un repère : celui du courage politique, de la souveraineté des nations, du rôle de l’État et de la responsabilité que portent les citoyens, et tout particulièrement les jeunes, dans les heures où une nation vacille.
Cette année, trois thèmes nous paraissent indissociables : la Constitution, la jeunesse et le dialogue national.
Entre Charles de Gaulle et le Liban, il existe une relation qui dépasse le cadre diplomatique. Elle touche à une certaine idée de l’État, mais aussi à une certaine idée du dialogue et du rôle de la jeunesse dans le destin des peuples.
Lorsque de Gaulle découvre le Liban, à la fin des années 1920, au cours de son passage au Levant, il comprend rapidement que ce pays est une singularité dans l’Orient arabe. Ni société homogène ni simple territoire administratif : une rencontre permanente entre communautés, cultures et sensibilités.
La Constitution libanaise de 1926, inspirée pour partie du modèle juridique français, fut conçue précisément pour organiser cette coexistence. Son ambition était grande : bâtir un État moderne sans effacer la diversité qui constitue l’âme même du pays.
De Gaulle, attaché à l’idée d’État, percevait mieux que beaucoup cette complexité. Il savait qu’aucune nation ne survit sans institutions fortes, crédibles, respectées. Mais il savait également qu’aucune stabilité ne s’impose contre l’histoire et les équilibres humains d’un pays.
C’est précisément là que la pensée gaullienne rejoint les interrogations du Liban contemporain.
Depuis plusieurs décennies, le pays souffre d’un affaiblissement progressif de l’autorité publique, d’une fragmentation des centres de décision et d’une domination croissante des intérêts particuliers sur l’intérêt national. La Constitution, pensée comme un pacte de coexistence, s’est souvent retrouvée prisonnière des rapports de force communautaires.
De Gaulle aurait rappelé une évidence : un pays ne préserve durablement sa liberté qu’à la condition d’un État souverain. Mais la pensée gaullienne suggère également qu’au Liban, l’État ne peut se construire par l’exclusion ou la domination d’une composante sur une autre. Le Liban repose sur une logique plus exigeante : celle du dialogue permanent.
C’est ici que ce message prend une dimension particulièrement actuelle pour la jeunesse libanaise.
De Gaulle considérait les jeunes comme une force de relèvement national. Dans les périodes les plus sombres de l’histoire française, il s’est adressé à eux dans un langage de responsabilité, de courage et de dépassement. Il savait qu’une nation décline lorsque sa jeunesse perd confiance dans l’avenir, dans ses institutions, dans sa capacité à agir collectivement.
Aujourd’hui, une large part de la jeunesse libanaise vit entre inquiétude, exil et désillusion. Beaucoup ont grandi dans un environnement marqué par les crises économiques, l’instabilité politique, les divisions internes et les tensions régionales. Et pourtant, cette jeunesse continue de porter une formidable capacité de créativité, d’innovation et de résilience.
Mais cette énergie ne deviendra une force de reconstruction qu’à une condition : le retour au dialogue. Non un dialogue de façade ou de circonstance – un dialogue réel, entre jeunes de toutes les régions, de toutes les communautés, de toutes les sensibilités.
Le Liban ne sera pas relevé par une seule génération politique, ni par une seule communauté, ni par une seule vision idéologique. Il devra l’être par une nouvelle culture du dialogue national.
De Gaulle croyait que les grands moments de redressement naissent lorsque les divisions cessent d’être des instruments de paralysie pour devenir des espaces de construction collective. Le dialogue entre les jeunes Libanais est peut-être aujourd’hui l’un des derniers espaces capables de recréer une conscience nationale commune.
Dialoguer ne signifie pas nier les différences. Cela signifie reconnaître que l’avenir du pays est plus important que les fractures qui l’affaiblissent.
À l’heure où beaucoup parlent de séparation, de peur ou de repli, le véritable défi est ailleurs : apprendre à reconstruire ensemble une idée du Liban. Une idée fondée sur la souveraineté de l’État, le respect de la Constitution, la coexistence entre les communautés et la responsabilité des nouvelles générations.
De Gaulle rappelait que l’avenir appartient à ceux qui savent servir une cause plus grande qu’eux-mêmes. Le Liban attend peut-être aujourd’hui que sa jeunesse redonne sens à cette cause nationale.
Président de la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine du général de Gaulle au Liban
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