Un bulldozer de l'armée libanaise avance le long de la route principale du village frontalier de Debbine dans le caza de Marjeyoun, au Liban-Sud, le 4 juin 2026, après un retrait progressif de l'armée israélienne du village. Photo AFP
Le retrait israélien du village de Debbine dans le caza de Marjeyoun jeudi, quelques heures après l’annonce à Washington d’un accord de cessez-le-feu, s’expliquerait par des raisons logistiques suite à une demande formulée par l’armée libanaise, ont indiqué à L’Orient Today vendredi une source sécuritaire ainsi que le général libanais à la retraite Khalil Gemayel. Ce dernier précise que ce retrait « n’est en principe pas lié aux zones pilotes évoquées dans l'accord ».
Au Liban, tant le Hezbollah que son allié chiite, le président de la Chambre Nabih Berry, ont rejeté l’accord en question, alors que les bombardements israéliens se poursuivent au Liban-Sud et dans la Békaa, tout comme les attaques du Hezbollah. Pour sa part, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’a pas soumis l’accord de cessez-le-feu à l’approbation de son cabinet de sécurité, selon le Yediot Aharonot, à l’issue d’une réunion du cabinet tenue jeudi soir après le rejet du Hezbollah.
Khalil Gemayel explique que l’armée israélienne a bloqué il y a environ une semaine une route principale reliant Debbine à la ville de Marjeyoun, suite à quoi l’armée libanaise a demandé au « mécanisme » du comité de supervision du cessez-le-feu de 2024 de solliciter d’Israël sa réouverture, afin que des soldats libanais présents dans la région puissent rejoindre d’autres militaires positionnés dans certaines localités du caza de Hasbaya, notamment dans les villages de Kawkaba et Rachaya el-Foukhar. L’armée israélienne a alors répondu favorablement à la demande libanaise et a dégagé la voie.
« Une unité de l’armée libanaise a retiré les talus de terre sur la route de Debbine, qui avaient été posés par l’occupation israélienne, permettant ainsi la réouverture de la route Marjeyoun-Debbine-Ebel el-Saqi. Ceci a eu lieu parallèlement au retrait israélien de la zone de Debbine, où des unités militaires procèdent à un déploiement progressif en coordination avec la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) », indique un communiqué publié jeudi par l’armée libanaise.
La troupe reconnaissait ainsi s'être redéployée pour la première fois dans le secteur, où elle maintient encore de rares positions, après s’être retirée de plusieurs localités au cours des dernières semaines.
« Tester l'armée libanaise »
Selon la source sécuritaire, l’ouverture de la route permettrait également la circulation des civils dans la région, surtout après que l’armée libanaise aura retiré les engins non explosés. Si Debbine est actuellement vide de résidents, des villages voisins comme Kawkaba, Jdeidet Marjeyoun ou Qlayaa restent habités. Lundi, une famille originaire de Qlayaa a été tuée alors qu’elle circulait sur la route de Khardali, qui relie les cazas de Nabatiyé, Marjeyoun ainsi que la Békaa.
Si les deux sources s’accordent à dire que le retrait n’est pas lié aux « zones pilotes », l'ex-général Gemayel estime toutefois qu’« Israël pourrait saisir cette opportunité pour tester ce que l’armée libanaise serait capable de faire dans cette zone ».
Selon le texte de l'accord en vue d'un cessez-le-feu publié par le département d’État américain, l’armée libanaise exercerait un « contrôle exclusif du territoire, excluant tout acteur non étatique », dans ces zones pilotes qui n’ont pas encore été définies.
Quelques jours auparavant, la situation sécuritaire à Debbine et dans les environs était particulièrement tendue. Le 4 juin, un Casque bleu serbe de la Finul est décédé des suites de blessures après que des obus de mortier ont touché la position où il était déployé à Ebel el-Saqi, village situé au nord de Khiam et au sud de Debbine. La veille, cette dernière localité avait été frappée au moins dix fois par l’armée israélienne alors que ses troupes tentaient de progresser vers le sud-est du village. Quelques jours plus tôt, des affrontements avaient opposé le Hezbollah et l’armée israélienne à l’entrée de Debbine, où des engins explosifs auraient été déclenchés contre une patrouille israélienne en progression.
Immédiatement avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu du 17 avril, constamment violé par les deux parties, l’armée israélienne avait déjà étendu son invasion du Liban-Sud, en avançant vers Debbine, pénétrant même dans certaines parties du village, selon certaines informations. Elle n’a toutefois pas maintenu ces positions après l’annonce de ce cessez-le-feu.
Israël occupe aujourd’hui une « zone tampon », selon ses dires, de plus de 600 kilomètres carrés au Liban-Sud, qui inclut Debbine. L'armée israélienne a poursuivi ces dernières semaines son avancée au-delà de la « ligne jaune » unilatéralement déclarée suite au cessez-le-feu d’avril. Avant la guerre, elle occupait, depuis le conflit de 2023-2024, au moins cinq positions sur des hauteurs au Liban-Sud qu’elle considérait comme « stratégiques ».
L’accord dans la nuit de mercredi, présenté par le chef de l’État libanais Joseph Aoun comme « la dernière chance » d’éviter une nouvelle escalade de la guerre, prévoit également que la zone située au sud du fleuve Litani soit exempte d’armes et que les membres du Hezbollah quittent la région. L’accord est conditionné à l’adhésion du Hezbollah.



