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Politique - Focus

À Aïcha Bakkar, une rixe expose les limites du plan de désarmement de Beyrouth

L'armée a confisqué « des munitions de guerre » et des armes moyennes et légères après des affrontements entre la Jamaa islamiya et des jeunes vraisemblablement affiliés aux Brigades de la résistance.

À Aïcha Bakkar, une rixe expose les limites du plan de désarmement de Beyrouth

Des agents des Forces de sécurité intérieure déployés dans une rue du quartier de Aïcha Bakkar, à Beyrouth, le 11 mars 2026 après un bombardement israélien qui a visé un immeuble résidentiel. Photo d'archives Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour

Au moins un mort et trois blessés. Tel est le bilan de l’incident survenu jeudi après-midi à Aïcha Bakkar, un quartier majoritairement sunnite de Beyrouth. Selon les informations disponibles, il s’agissait d’une rixe entre des proches d’un moukhtar et des membres de la Jamaa islamiya, devant le quartier général de cette formation. Au-delà des véritables motifs de la dispute – toujours flous à ce stade –, celle-ci s’inscrit dans la continuité des récents incidents ayant secoué la capitale. De quoi (re)mettre le gouvernement face au défi d’imposer la mise en œuvre de sa décision de démilitariser Beyrouth, prise dans la foulée de la dernière guerre entre le Hezbollah et Israël.

Des sources indiquent que la rixe a opposé des membres de la Jamaa islamiya à des proches des Brigades de la résistance, groupuscule sunnite affilié au Hezbollah. La piste d'une implication du courant du Futur de Saad Hariri, populaire dans cette région, était évoquée dans un premier temps, mais la formation a démenti dans un communiqué tout lien avec l'incident. Si la Jamaa islamiya et les Brigades de la résistance sont toutes les deux considérées comme proches du parti-milice chiite, elles restent néanmoins rivales sur la scène sunnite. Selon des sources beyrouthines, le groupuscule accuse le parti « frériste » d’avoir stocké des armes lourdes dans son quartier général, situé dans une région résidentielle densément peuplée. Dans une vidéo qui fait le tour des réseaux sociaux depuis jeudi soir, on voit Tarek Issa, un des moukhtars de la capitale, s’indigner du fait qu’« ils (la Jamaa islamiya) cachent des armes dans un lieu que l’État a déjà demandé d’évacuer ». « Cherchent-ils à donner à Israël un prétexte pour nous bombarder de nouveau ? » ajoute-t-il. Rappelons dans ce cadre qu’en mars dernier, la localité de Aïcha Bakkar avait été la cible d'une frappe israélienne.

Lectures divergentes

« À mon avis, c’était un incident prémédité dans le cadre du conflit traditionnel entre la Jamaa islamiya et les Brigades, dont le moukhtar en question serait proche », estime une figure politique beyrouthine sous couvert d’anonymat. « Le parking du quartier général de la Jamaa est vide depuis plus de deux ans. Et ce n’est que tout récemment que des gardiens en assurent la sécurité », ajoute-t-elle.

Imad el-Hout, député proche de la Jamaa islamiya, se contente de déclarer à L’Orient-Le Jour que l’incident « n’a probablement pas de motifs politiques et a été causé par des désaccords d’ordre personnel ». Une version également adoptée par l'armée qui, dans son communiqué publié quelques heures après l'incident, fait état de « divergences antérieures », notant l'arrestation de plusieurs suspects et la confiscation d'une importante quantité d'armes légères et moyennes, ainsi que des munitions de guerre.

« Il est évident que ce qui s’est passé jeudi est un indice de la prolifération des armes de manière dangereuse parmi les habitants et que la présence d’éléments proches du Hezbollah dans la capitale continue d’angoisser les Beyrouthins. Mais nous laissons aux autorités le soin de prendre les mesures nécessaires pour remettre les choses dans l’ordre », commente Imad el-Hout. Un son de cloche similaire résonne dans certains cercles sunnites de la capitale, qui pointent du doigt le Hezbollah. « Dans le prolongement de son bras de fer avec le Premier ministre, Nawaf Salam, le Hezbollah veut l’empêcher d’appliquer la décision de démilitariser Beyrouth, tout comme il veut entraver le chantier du monopole des armes », dit une figure beyrouthine, mettant en garde contre « des dangers qui guetteraient le chef du gouvernement ».

Ibrahim Mneimné, député beyrouthin de la contestation, voit les choses sous un autre angle. « C’est plutôt une des conséquences de la léthargie en matière de démilitarisation de la capitale », estime-t-il.

Le député se fait l'écho de plusieurs de ses collègues, notamment sunnites, dont Waddah Sadek et Fouad Makhzoumi, qui ont appelé le gouvernement à appliquer sa décision dans les plus brefs délais. « Ce qui s'est passé à Aïcha Bakkar est une nouvelle preuve que (le contrôle) des armes à Beyrouth ne peut plus être reporté », a écrit M. Makhzoumi sur son compte X.


Au moins un mort et trois blessés. Tel est le bilan de l’incident survenu jeudi après-midi à Aïcha Bakkar, un quartier majoritairement sunnite de Beyrouth. Selon les informations disponibles, il s’agissait d’une rixe entre des proches d’un moukhtar et des membres de la Jamaa islamiya, devant le quartier général de cette formation. Au-delà des véritables motifs de la dispute – toujours flous à ce stade –, celle-ci s’inscrit dans la continuité des récents incidents ayant secoué la capitale. De quoi (re)mettre le gouvernement face au défi d’imposer la mise en œuvre de sa décision de démilitariser Beyrouth, prise dans la foulée de la dernière guerre entre le Hezbollah et Israël.Des sources indiquent que la rixe a opposé des membres de la Jamaa islamiya à des proches des Brigades de la résistance,...
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