Une boule de feu jaillit d'un immeuble à la suite d'une frappe israélienne à Tyr, dans le sud du Liban, le 28 mai 2026. Photo KAWANT HAJU / AFP
Une initiative prise par des habitants de Tyr puis de Nabatiyé a fait grand bruit cette semaine : des dizaines de personnes originaires de ces deux villes, de divers profils, ont pris l’initiative le 29 mai de publier des pétitions exigeant que ces localités riches en histoire et en patrimoine soient déclarées villes ouvertes, dénuées d'armes et épargnées par les frappes destructrices.
Ces textes ont provoqué la colère des partisans et sympathisants du Hezbollah, parti chiite engagé depuis le 2 mars dans un front de soutien à l’Iran contre Israël, qui y ont vu une critique indirecte de leur action militaire. Des pressions ont été aussitôt exercées sur ces signataires, provoquant quelques désistements, ainsi que le confirment des sources proches des pétitionnaires.
Ces initiatives interviennent dans un contexte particulièrement dramatique, où les deux villes sont la cible de bombardements d’une grande violence, avec une progression des troupes israéliennes confirmant la prise dimanche du stratégique château de Beaufort, sur les hauteurs de la région de Nabatiyé. Le ministre des Affaires étrangères Joe Raggi et le ministre de la Culture Ghassan Salamé ont déjà effectué des contacts diplomatiques pour protéger les sites historiques et patrimoniaux. Tyr est le berceau d'un patrimoine inscrit sur la liste mondiale de l'Unesco, alors que Nabatiyé a déjà perdu une partie de ses sites historiques.
Dans leur texte, les habitants de Tyr demandent que la ville soit « déclarée ville ouverte exclue de toute présence armée », que « tous les efforts nécessaires soient entrepris pour obtenir un cessez-le-feu effectif à Tyr, Nabatiyé et dans l’ensemble du Liban-Sud », et que des corridors humanitaires soient garantis pour assurer l’aide humanitaire et médicale, ainsi que les secours. La pétition demande « au gouvernement libanais d’intensifier ses efforts diplomatiques et politiques afin de protéger la ville historique de Tyr des attaques et destruction en cours ». Les signataires réclament « un déploiement de l’armée libanaise et des forces de sécurité dans la ville et ses environs, afin de garantir la sécurité des habitants, la stabilité de la région et le respect de l’autorité de l’État ». La pétition sur Nabatiyé est largement similaire. L’appel de Tyr aurait recueilli environ 150 signatures, et celle de Nabatiyé plus de 220.
La colère des partisans du Hezbollah
La publication et la rapide diffusion de ces deux appels sur les réseaux sociaux et dans les médias, a provoqué la colère des partisans du Hezbollah, qui ont accusé ces signataires de se positionner contre la résistance armée (que le gouvernement a décrétée hors la loi depuis le début de ce conflit, le 2 mars, rappelons-le). Aucune réaction directe du parti lui-même n'a été signalée.
Un groupe connu pour sa proximité avec le Hezbollah baptisé « Chabab Sour » (La jeunesse de Tyr) a publié un long réquisitoire sur sa page Facebook, estimant avoir « accueilli avec indignation » la publication de ces deux appels. « Un slogan comme celui de ‘Tyr, ville sans armes n’apporte aucune protection réelle à la ville, mais adhère, consciemment ou inconsciemment, au discours sioniste ennemi, qui cherche un prétexte pour poursuivre son agression sauvage », lit-on dans ce texte. Un internaute a même été jusqu'à accuser les signataires « d'avoir encouragé les Israéliens à bombarder encore plus la ville », en référence aux raids destructeurs de ce dimanche.
Mais les réactions virulentes ne se sont pas arrêtées là. Il semble, selon des témoignages restés anonymes, que des pressions se soient exercées sur les signataires, de manière à pousser certains d’entre eux à retirer leur signature. Selon une source proche des initiateurs de l’appel de Tyr, il y a effectivement eu des désistements, mais de l’ordre de 5 ou 6 seulement, donc en nombre minime comparé aux 150 qui ont apporté leur soutien au texte.
Abdallah Rizk, l’un des initiateurs de l’appel de Nabatiyé, affirme à notre correspondant Mountasser Abdallah ne pas savoir combien se sont désistés, mais que le nombre de signataires, lui, va croissant. « Les signataires subissent de grandes pressions pour retirer leurs signatures, que ce soit de la part de leur environnement familial ou de milieux qui leur sont proches », dit-il. La pétition exprime selon lui le ras-le-bol local « contre les destructions qui se poursuivent », et il se demande pourquoi « la guerre se poursuit chez nous alors qu’elle s’est interrompue en Iran ».
« Il y a des efforts pour constituer un groupe de personnalités du Sud qui appuieraient ces deux appels et leur message principal, à savoir exhorter les autorités libanaises à entreprendre une vaste action diplomatique en vue de proclamer les deux villes dépourvues d’armes », ajoute le militant.
Il convient de noter que face aux virulentes critiques, ces deux pétitions recueillent un appui croissant de la part d'internautes sur les réseaux sociaux, qui en ont largement relayé le message depuis deux jours.




Il était temps que les chiites se rebiffent pour sauver ce qui reste de leur village. Il faut les soutenir a fond et que l’état prenne les mesures qui s'imposent en entrant dans ces villes avec force pour imposer la loi et les décisions du gouvernement. Il faut ratisser toutes les maisons, les terrains les dépôts, retirer les armes qui s'y trouvent et arrêter toutes personnes qui s'y opposent. Il est temps de faire intervenir aussi les FSI et la police pour imposer la loi.
10 h 12, le 02 juin 2026