Rechercher
Rechercher

Politique - Magistrature

Ahmad Rami el-Hajj, un procureur qui se dit « proche d’aucun parti politique »

Le nouveau chef du parquet veut prioriser les dossiers sensibles et nationaux.

Ahmad Rami el-Hajj, un procureur qui se dit  « proche d’aucun parti politique »

Ahmad Rami el Hajj, nommé procureur général auprès de la Cour de cassation, le 30 avril 2026. Photo DR

Il est le plus jeune procureur général près la Cour de cassation dans l’histoire de la justice libanaise. À deux mois de son 50e anniversaire qu’il atteindra le 21 juin, Ahmad Rami el-Hajj a été nommé jeudi à ce poste-clé du pouvoir judiciaire, à l’unanimité du Conseil des ministres. Dans les milieux de la magistrature, certains estiment que d’autres juges issus de la communauté sunnite à laquelle ce poste est réservé étaient plus à même d’y accéder en raison de leur âge plus avancé et de leur plus grande ancienneté. D’autres, en revanche, notent que la plupart des candidats n’étaient ni significativement plus âgés ni beaucoup plus élevés en grade, affirmant qu’il dispose de la compétence et de l’expérience nécessaires.

Au départ, une dizaine de candidats étaient en lice. Leur nombre s’était réduit à quatre, puis à trois, après la mise à l'écart de Rabih Houssami, initialement soutenu par le président de la République Joseph Aoun, qui s’en est ensuite désolidarisé. Le choix s’est donc resserré autour de Oussama Mneimné, finalement désigné pour succéder, en juillet prochain, à Ayman Oueidate, chef de l’Inspection judiciaire ; Mohammad Masri, directeur du ministère de la Justice, que le chef du gouvernement, Nawaf Salam, a préféré maintenir à son poste afin d’éviter la difficulté de lui trouver un remplaçant ; et Ala’ el-Khatib.

Ce dernier a figuré comme finaliste face à Ahmad Rami el-Hajj, lors de la réunion du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), tenue jeudi matin, en présence du ministre de la Justice, Adel Nassar, avant celle du Conseil des ministres de l’après-midi. Soutenu par Souheil Abboud, président du CSM, et l’écrasante majorité de ses membres, le juge Khatib a toutefois été devancé par le juge Hajj – plus jeune que lui mais d’un grade supérieur – qui bénéficiait de l’appui d’Ayman Oueidate, membre également du CSM. Au final, le ministre de la Justice a proposé le nom de M. Hajj au gouvernement, lequel a aussitôt approuvé. Selon nos informations, ce choix reflète la volonté du Premier ministre, Nawaf Salam, qui voit en lui un homme « indépendant », qualité requise pour mener la réforme d’une justice libanaise politisée.

Consensus

Joint par L’Orient-Le Jour, le nouveau procureur près la Cour de cassation confirme son indépendance. « Je ne connais pas les politiciens, je ne suis proche d’aucun parti, et je ne suis engagé avec aucune force politique », assure-t-il. Une déclaration qui résonne comme une réponse à des rumeurs selon lesquelles il entretient de bonnes relations avec l’ensemble des forces politiques, ce qui aurait favorisé le consensus dont il a bénéficié au sein du gouvernement. D’autres rumeurs évoquent l’existence de mesures prises récemment à son encontre par l’Inspection judiciaire. Elles sont toutefois démenties par cet organe disciplinaire dont l’avis avait été sollicité en amont par le chef du gouvernement. Selon une source au Palais de justice, « aucune faute, poursuite, ni mesure » n’a été relevée à l’issue d’investigations approfondies. Une conclusion plutôt crédible car le chef de l’Inspection judiciaire, Ayman Oueidate, est réputé intransigeant face à toute violation des règles.

Questionné sur son approche des dossiers sensibles et nationaux, le juge Hajj précise à L’OLJ qu’il est soucieux de les prioriser. Dès samedi, avant même sa prochaine prestation de serment devant le chef de l’État, il a ordonné la suppression d’une caricature du secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, réalisée à l’aide de personnages animés et diffusée par la chaîne LBCI. Il a également donné des instructions pour ouvrir une enquête sur la diffusion d’images fabriquées portant atteinte au patriarche maronite, Mgr Béchara Raï.

Outre les dossiers liés aux dissensions confessionnelles et à la paix civile, le nouveau procureur devrait poursuivre notamment des affaires de corruption impliquant de grandes figures du monde économique, ainsi que celles liées à la sécurité nationale, en particulier suite à la décision prise le 2 mars par le gouvernement de considérer illégales les activités militaires du Hezbollah. S’y ajoute, et non des moindres, le dossier de la double explosion au port de Beyrouth (4 août 2020). Ahmad Rami el-Hajj précise toutefois à notre journal qu’il n’a pas encore pris connaissance des milliers de pages que le juge d’instruction près la Cour de justice, Tarek Bitar, avait transmises, fin mars, au parquet, dès la clôture de son enquête. Ce qui laisse entrevoir un certain retard dans la préparation de son réquisitoire, concernant notamment la détermination des responsabilités et des sanctions.

Ancré dans le pénal

Originaire de Aanout, dans l’Iqlim el-Kharroub (Chouf), le nouveau chef du parquet a grandi dans un univers judiciaire particulièrement ancré dans le droit pénal. Son père, Abdallah el-Hajj, a exercé ses fonctions en tant que magistrat et enseignant universitaire dans cette discipline. Frère de Rouwa, conseillère à la cour d’appel du Liban-Sud et juge unique de Saïda par intérim, il est marié à Hanadi Jaber, juge d’instruction de Saïda, qu’il a connue alors qu’il était juge pénal unique de Jdeidé, et qu’elle se préparait pour le concours de la magistrature à l’Institut d’études judiciaires. Père de trois enfants, Hassan (16 ans), Yasma et Yazan (jumeaux de 8 ans), il est le petit-fils, par sa mère, de Rifaat Qazaoun, ancien député de la Békaa, élu à la fin des années 40.

Depuis les permutations de 2024 et jusqu’à sa nomination, jeudi, au sommet de la hiérarchie judiciaire, Ahmad Rami el-Hajj occupait le poste d’avocat général près du parquet de cassation. Son prédécesseur à la tête du parquet, Jamal Hajjar, lui avait confié nombre de dossiers sensibles, notamment celui d’une affaire de corruption présumée, visant l’ex-gouverneur de la Banque du Liban (BDL) Riad Salamé, et l’ancien PDG de Bank Audi, Samir Hanna, dans laquelle la BDL s’est constituée partie civile en janvier dernier. Un de ses confrères indique qu’il fait preuve d’une grande rigueur dans la vérification des éléments qui lui sont présentés, relevant, à titre d’exemple, qu’après la présentation, le 20 avril, d’un rapport médical par l’avocat de Riad Salamé, il a exigé une expertise de médecin légiste afin d’en vérifier la validité. Interrogés, des avocats intervenant dans des dossiers dont il a la charge abondent dans le même sens, le décrivant comme « minutieux, concentré et particulièrement attentif à l’examen des pièces des dossiers ».

Avant de devenir membre du parquet de cassation en 2024, Ahmad Rami el-Hajj occupait le poste de juge d’instruction de Tripoli qu’il a cumulé, en 2021, avec celui de président de la Cour criminelle du Liban-Nord, en remplacement de Bassam Maoulaoui, nommé ministre de l’Intérieur à cette date. « Le nouveau procureur est un des juges les plus connaisseurs du droit pénal », témoigne une magistrate, confiant qu’elle le consulte souvent sur des questions juridiques liées à cette discipline. « Plusieurs fautes commises par certains de ses confrères ont été rectifiées par lui, à la demande de son prédécesseur », renchérit un collègue. « Il a toutes les aptitudes nécessaires pour assumer pleinement ses nouvelles responsabilités », conclut un juge du parquet, le décrivant comme « calme, réfléchi et très intelligent ». Un proche du nouveau procureur assure que ce dernier n’est sensible « ni aux éloges ni à la diffamation », indiquant que ce qui prime pour lui est la qualité de son travail judiciaire.

Il est le plus jeune procureur général près la Cour de cassation dans l’histoire de la justice libanaise. À deux mois de son 50e anniversaire qu’il atteindra le 21 juin, Ahmad Rami el-Hajj a été nommé jeudi à ce poste-clé du pouvoir judiciaire, à l’unanimité du Conseil des ministres. Dans les milieux de la magistrature, certains estiment que d’autres juges issus de la communauté sunnite à laquelle ce poste est réservé étaient plus à même d’y accéder en raison de leur âge plus avancé et de leur plus grande ancienneté. D’autres, en revanche, notent que la plupart des candidats n’étaient ni significativement plus âgés ni beaucoup plus élevés en grade, affirmant qu’il dispose de la compétence et de l’expérience nécessaires.Au départ, une dizaine de candidats étaient en lice. Leur nombre...
commentaires (8)

Comme si supprimer la caricature de Naim kassem releve d'une urgence nationale et d'une priorite absolue. On continue a patauger dans notre boue confessionnelle et notre clientelisme a 2 francs. A quand un peu plus d'autorite et plus d'etat. Le Naim Kassem et son groupuscule ont ete declare comme organisation hors la loi par le gouverment. Pourquoi un procureur general se precite pour aller les proteger des son entree en fonction. On tourne encore en rond

Tony Moubarak OLJ03013

18 h 23, le 05 mai 2026

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • Comme si supprimer la caricature de Naim kassem releve d'une urgence nationale et d'une priorite absolue. On continue a patauger dans notre boue confessionnelle et notre clientelisme a 2 francs. A quand un peu plus d'autorite et plus d'etat. Le Naim Kassem et son groupuscule ont ete declare comme organisation hors la loi par le gouverment. Pourquoi un procureur general se precite pour aller les proteger des son entree en fonction. On tourne encore en rond

    Tony Moubarak OLJ03013

    18 h 23, le 05 mai 2026

  • Il peut ne pas appartenir à un parti mais en être secrètement partisan. Le fait d’avoir exiger la suppression des caricatures de Kassem est un premier faux pas et il ne rien espérer de lui. Quand on accède à un poste de cette envergure, il faut avoir en premier lieu une carrure et se montrer juste pour pouvoir incarner la justice et l’étendre. Il est mal barré.

    Sissi zayyat

    11 h 11, le 05 mai 2026

  • Il ressemble un peu à Carlos Ghosn. C’est bien s’il a le cerveau aussi en ressemblance

    Gebran Eid

    11 h 01, le 05 mai 2026

  • Arretez de vous foutre de notre gueule PLEASE... il va dire publiquement qu'il prend des pots de vin ? Je jugerais selon ses ACTES et non selon un article publicitaire et des paroles

    Emile

    08 h 43, le 05 mai 2026

  • Un bon magistrat donc. Il aura à juger de dossiers explosifs, sans jeu de mot. Ça nous changera du oueïdate et de ses décisions outrancières et incompréhensibles.

    NG

    05 h 38, le 05 mai 2026

  • Son intégrité et son courage seront mis à l'épreuve dans son approche des deux dossiers les plus graves et qui ont entaché la stabilité et la prospérité du Liban ces dernières années, à savoir le vol des déposants par l'élite politico-bancaire et dont tous les coupables sont jusqu'à ce jour restés impunis et l'explosion catastrophique du Port de Beyrouth dont les principaux coupables ont réussi jusqu'à présent à échapper à tout châtiment. C'est sur ces 2 dossiers qu'il sera attendu au tournant.

    Georges Airut

    02 h 17, le 05 mai 2026

  • félicitations à ce monsieur. qui a l’air d’être intègre et issu d’une famille où le droit est dans leur ADN. A la lumière de votre article, c’est une fierté pour le Liban qu’il soit reconnu et nommé à ce poste.

    LE FRANCOPHONE

    23 h 42, le 04 mai 2026

  • Portrait flatteur du juge Ahmad Rami el Hajj. Esperons qu'il poursuivra les enquetes sur les corrupteurs / corrompus de la BDL et du secteur bancaire. Esperons aussi qu'il se penchera avec attention sur le dossier de l'explosion du port. Ces deux dossiers sont prioritaires et font l'objet d'une resistance etonnante de la part de divers personnels politiques, probablement impliques, et de quelques juges, sans doute sous influence.

    Michel Trad

    18 h 45, le 04 mai 2026

Retour en haut