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Nos lecteurs ont la parole

Pour une musique qui refuse de disparaître

Nous avons reçu cette lettre ouverte du pianiste français Frank Braley, premier Grand Prix et prix du Public du concours musical international reine Élisabeth de Belgique (1991) dans laquelle il exprime son souhait de jouer le « Concerto libanais » du compositeur Dominique Salloum.

J’ai récemment découvert le Concerto libanais pour piano de mon ami compositeur Dominique Salloum. Cette œuvre frappe par son ambition et sa singularité. Une musique construite, pensée, habitée. Qui ne cherche pas à séduire. Qui dit quelque chose de frontal, parfois dur, mais nécessaire.

Ce concerto parle du Liban du début à la fin.

Le premier mouvement : un thème et variations autour de Paganini, traversé par l’hymne national libanais.

Le deuxième mouvement – Déni aux funérailles de l’hymne libanais... – est un point de bascule.

Il reprend directement le matériau du deuxième mouvement de la symphonie Koullouna (deuxième symphonie de Dominique Salloum) où l’hymne national libanais est porté comme une marche funèbre.

Mais ici, le discours change.

Ce n’est plus seulement une marche funèbre... C’est un refus.

Un déni porté par le piano soliste lui-même, qui conduit la cérémonie comme s’il refusait le deuil.

C’est violent. Intérieur. Humain.

Le troisième mouvement du Concerto libanais – Sur la route d’un émigré – est d’une autre nature.

C’est l’exil... Le départ... L’artiste arraché à son pays.

Et là, quelque chose se referme : le concerto devient un récit complet du Liban contemporain, dans sa douleur, sa mémoire et son départ forcé.

Je le dis simplement : cette œuvre doit être jouée, en particulier dans le contexte actuel que traverse le Liban.

Je souhaite m’engager personnellement pour la défendre et la jouer, pleinement.

Et idéalement, la présenter dans une programmation qui ferait sens avec la symphonie Koullouna de Dominique Salloum.

Cette symphonie éclaire le concerto... Elle en est le socle.

On y retrouve la même matière, la même mémoire du Liban.

Et dans son troisième mouvement – Fate of Faith – (3e mouvement de la symphonie Koullouna), on y retrouve l’appel à la prière des trois grandes religions qui ont longtemps cohabité au Liban, dans une forme d’équilibre et de dialogue.

Ce n’est pas un geste décoratif... C’est une vision.

Un pays et une région, tenus ensemble par ce qui les dépasse.

Je crois qu’il serait juste, fort et musicalement cohérent de penser ces deux œuvres ensemble.

Le concerto et la symphonie... Comme un seul cycle.

Je suis prêt à porter ce projet.

À le jouer en France et ailleurs, plusieurs fois si possible, avec les orchestres qui pourront s’y engager et l’enregistrer avec moi.

Et si les conditions le permettent, à le jouer aussi au Liban, à Baalbeck.

Je garde un souvenir très fort de ce lieu, et je crois profondément que cette musique doit y revenir.

Ce projet n’est pas seulement un projet de concert... C’est un geste pour un pays... Pour une mémoire.

Pour une musique qui refuse de disparaître…

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Nous avons reçu cette lettre ouverte du pianiste français Frank Braley, premier Grand Prix et prix du Public du concours musical international reine Élisabeth de Belgique (1991) dans laquelle il exprime son souhait de jouer le « Concerto libanais » du compositeur Dominique Salloum. J’ai récemment découvert le Concerto libanais pour piano de mon ami compositeur Dominique Salloum. Cette œuvre frappe par son ambition et sa singularité. Une musique construite, pensée, habitée. Qui ne cherche pas à séduire. Qui dit quelque chose de frontal, parfois dur, mais nécessaire.Ce concerto parle du Liban du début à la fin.Le premier mouvement : un thème et variations autour de Paganini, traversé par l’hymne national libanais.Le deuxième mouvement – Déni aux funérailles de l’hymne libanais... – est un point...
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