Le chef des Forces libanaises Samir Geagea lors de son entretien avec Hadley Gamble le 20 avril 2026. Capture d'écran de l'extrait retransmis par Sky News Arabia
Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a déclaré qu’il jugeait « nécessaire » que le président libanais Joseph Aoun rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dans l’optique de sceller non pas une trêve, mais une « fin de la situation de guerre » entre les deux pays, alors que rien ne garantit à ce stade que les cessez-le-feu respectifs conclus en parallèle entre l’Iran et les États-Unis, ainsi qu’entre le Hezbollah et Israël, débouchent sur des accords de paix ou soient reconduits.
Le leader du parti chrétien d’opposition, frontalement opposé au Hezbollah, s’exprimait lors d’un entretien avec Hadley Gamble, repris par plusieurs médias locaux et régionaux. Alors que la journaliste américaine lui demandait s’il jugeait prématuré que les deux hauts responsables se rencontrent avant qu’un accord mettant durablement fin aux hostilités ne soit conclu, Samir Geagea a répondu : « Je ne le vois pas de cette manière. Cela ne mènera nulle part et nous serions peut-être encore bloqués dans cette situation pendant des décennies. »
« Nous en avons assez des cessez-le-feu et des armistices »
« Il est donc crucial qu’ils se rencontrent maintenant ? », a enchaîné la journaliste, à qui le chef des FL a répondu : « Oui, bien sûr. » Il a ajouté : « Nous ne sommes plus dans les années 1980, lorsque (Hafez) el-Assad était au pouvoir et que (l’ayatollah Ruhollah) Khomeini était victorieux en Iran. Il y avait alors une autre configuration politique. » À cette époque, le Hezbollah faisait ses premiers pas et Israël occupait le Liban-Sud après une offensive ayant conduit ses troupes jusqu’à Beyrouth pour chasser l’Organisation de libération de la Palestine, qui opérait depuis le Liban.
Interrogé sur la perspective d’une normalisation entre Israël et le Liban, Samir Geagea a répondu qu’il ne « savait pas » si cela était réalisable. « Je laisse cela au futur. Mais pour l’heure, oui, nous avons besoin que le président libanais parle avec les Israéliens afin d’essayer de mettre fin à la situation. Pas pour un cessez-le-feu. Nous en avons assez des cessez-le-feu et des armistices. Nous avons besoin d’une fin de l’état de guerre. » « Nous devons faire tout ce qui est nécessaire pour sauver notre pays, et nous n’avons aucune autre solution. Et si quelqu’un a une autre voie, qu’il nous la propose », a encore déclaré Samir Geagea.
Négociations nécessaires
Il a aussi estimé que « le président et le Premier ministre (Nawaf Salam) mènent ces négociations par nécessité », faute de solution. « Ce sont des négociations nécessaires, et le Hezbollah est responsable d’avoir poussé le gouvernement libanais à négocier », a-t-il affirmé. Il a également écarté les craintes d’une violence sectaire imminente au Liban, tout en soulignant qu’un effondrement de l’État, comme ce qui s’est produit au début de la guerre civile en 1975, pourrait changer la donne. Le responsable de l’opposition accuse le Hezbollah d’avoir entraîné le Liban dans la guerre à deux reprises depuis 2023, mais ce dernier se défend en affirmant qu’Israël prévoyait de toute façon d’attaquer le Liban pour reprendre des territoires au Liban-Sud, d’où il avait été chassé en 2000. En 2023, le parti alors dirigé par l’ex-secrétaire général Hassan Nasrallah a ouvert un front de soutien au Hamas après le déclenchement de la guerre de Gaza. Plus d’un an plus tard, après 66 jours d’offensive, une trêve a été conclue entre Israël et le Hezbollah avant la reprise des hostilités le 2 mars.
M. Geagea a enfin estimé que le gouvernement libanais a tenté d’affirmer son autorité sur le groupe, mais ne dispose pas des moyens pour la faire appliquer. « C’est le Hezbollah qui dicte les règles… malheureusement », a-t-il ajouté. « L’État dans l’État » opère depuis 40 ans, créant une paralysie institutionnelle et un climat de peur, ce qu’il a qualifié d’« État profond ». « Le gouvernement a émis de nombreux décrets visant à démanteler le Hezbollah », a-t-il déclaré. Il a nié que le gouvernement ait échoué, estimant plutôt que le Hezbollah « n’a pas répondu aux décrets du gouvernement ».
Vendredi dernier, Joseph Aoun s’était exprimé dans un message à la nation, affirmant son attachement aux négociations en vue de sauver le pays et de le soustraire à toute influence étrangère, en référence à l’Iran, sans le nommer. Le président américain Donald Trump a déjà évoqué sa volonté d’organiser une rencontre entre Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, mais aucune décision sur le futur round de négociations n’a encore été prise.
Le chef de l’État avait refusé la veille de s’entretenir directement avec Benjamin Netanyahu avant l’entrée en vigueur de la trêve prévue le jour même à minuit entre les deux pays, et qui a déjà été violée après de nouvelles frappes menées par l’armée israélienne au Liban-Sud.
L’ouverture de Joseph Aoun à des négociations directes avec Israël a provoqué l’ire du Hezbollah. Pendant le week-end, un des responsables du mouvement, Nawaf Moussaoui, a comparé samedi le président libanais Joseph Aoun à Anouar Sadate, ancien président égyptien assassiné trois ans après avoir signé un accord de paix avec Israël en 1978, et a estimé que si Joseph Aoun « se soumettait à Donald Trump et rencontrait Netanyahu, il perdrait sa qualité de président du pays ». Ces propos ont provoqué une vague de condamnations dans le camp des opposants au Hezbollah.

