L'émissaire américain Amos Hochstein à Aïn el-Tiné, le 19 novembre 2024. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
L'ex-conseiller de l’ancien président américain Joe Biden et émissaire pour le Moyen-Orient Amos Hochstein a jugé dimanche « préoccupant » que le cessez-le-feu de dix jours instauré vendredi au Liban après un mois et demi de guerre entre le Hezbollah et Israël soit perçu comme ayant été négocié par l’Iran. Il a critiqué par ailleurs la volonté israélienne d'occuper une partie du Liban-Sud, une stratégie « contre-productive ».
Dans un entretien télévisé sur la chaîne américaine CBS News, celui qui avait joué un rôle clé dans la négociation d’un cessez-le-feu entre les deux belligérants en novembre 2024, a mis en garde contre le risque de voir se refermer « une véritable fenêtre d’opportunité » si Israël venait à occuper « une partie significative du Liban pour y rétablir une zone tampon ». Une telle option serait, selon lui, « contre-productive », car elle permettrait au Hezbollah de « reconstituer sa base politique et de renforcer son narratif ».
Celui qui a également été médiateur avant la signature de l'accord sur le tracé de la frontière maritime entre Tel-Aviv et Beyrouth en 2022 a estimé que les négociations directes avec Israël - prônées dès le début du conflit par le président libanais Joseph Aoun pour mettre fin à ce cycle vicieux de guerres - constituent « une évolution positive », même lorsqu’elles se tiennent à un « niveau inférieur », en référence à la réunion inédite des ambassadeurs des deux pays à Washington le 14 avril. Il a souligné que la plupart des Libanais aspirent à un cessez-le-feu durable, sans nécessairement souhaiter un accord de paix, mais avec l’espoir de voir le conflit prendre fin, ce qui exige, selon lui, des efforts sérieux. Il a enfin appelé à engager de « véritables négociations, à garantir le retrait israélien du Liban, à mettre fin aux combats et à apporter une aide réelle au pays pour désarmer le Hezbollah », estimant que le Liban « ne peut y parvenir seul ».
M. Hochstein s'est par ailleurs dit « réjoui » de la fin des affrontements au Liban, même s’il ne s’agit que d’une « pause ». En revanche, il juge « préoccupant » le fait la trêve soit « perçue » comme ayant été « négociée par l’Iran, en conditionnant sa participation à des discussions au Pakistan à l’instauration préalable d’une trêve au Liban. « C’est une catastrophe, car nous avons toujours insisté sur un point : l’Iran ne contrôle pas le Liban. Ce qui s’y passe ne relève pas de ses affaires », a-t-il affirmé, soulignant que permettre à Téhéran de dicter les termes n’était « pas une bonne chose ». Il a expliqué qu'au cours des dernières années de conflit, « le Hezbollah est apparu non pas comme une organisation strictement libanaise mais plutôt comme un acteur agissant, de son propre aveu, à la demande de l’Iran. Permettre à Téhéran de dicter les termes n’est donc pas une bonne chose ».
La guerre au Liban a débuté le 2 mars lorsque la formation pro-iranienne a attaqué Israël en représailles à l'offensive israélo-américaine contre l'Iran et les milieux du Hezbollah soutiennent que c’est leur parrain iranien qui a arraché le cessez-le-feu aux Américains.

