Un partisan du Hezbollah brandit le drapeau du mouvement devant des soldats de l’armée libanaise sur la route de l’aéroport de Beyrouth, le 7 février 2025. Photo d'archives AFP
Une menace à peine voilée faite par un responsable du Hezbollah, Nawaf Moussaoui, qui a comparé samedi le président libanais Joseph Aoun à Anouar Sadate, ancien président égyptien assassiné trois ans après avoir signé un accord de paix avec Israël en 1978, a provoqué plusieurs condamnations dimanche au Liban.
Dans un entretien sur la chaîne du Hezbollah al-Manar, Nawaf Moussaoui, responsable du dossier des ressources et des frontières au sein du Hezbollah et ancien membre du bureau politique du parti, a estimé que si le chef de l'État « veut prendre des décisions de manière unilatérale, il n’est pas plus important qu’Anouar el-Sadate ». L'ex-président égyptien avait brisé un tabou et accepté, le 17 septembre 1978, un accord de paix avec Israël lors de la conférence de Camp David, aux Etats-Unis. Un geste qui lui avait valu d'être mis au ban par d'autres pays arabes. Trois ans plus tard, en 1981, Anouar al-Sadate avait été assassiné par des extrémistes islamistes.
M. Moussaoui a ajouté que toute négociation ou tout accord entre Israël et l’État libanais serait « rejeté, non reconnu et jeté à la poubelle, comme l’accord du 17 mai 1983 », qui devait constituer un premier pas sur la voie d’une paix durable avec Israël, sous l'égide de l'ancien président libanais Amine Gemayel (1982-1988), avant de renoncer sous l'effet de la pression. Il a également estimé que si Joseph Aoun « se soumet à Donald Trump et rencontre Benjamin Netanyahu, il perdra sa qualité de président du pays ».
L’ancien député Farès Souhaid, une figure du camp anti-Hezbollah, a réagi sur X, dénonçant une « menace inadmissible » à l'encontre du chef de l'Etat. Selon lui, c'est « la diversité libanaise a empêché les coups d’État et les tentatives d’instaurer un régime monochrome. »
« Tout le Liban avance » derrière Aoun
Elias Hankach, député des Kataëb, a estimé de son côté que « si Téhéran négocie elle-même avec ce qu’elle appelle le « Grand Satan » (les Etats-Unis, ndlr) « le Hezbollah devrait en tirer les leçons ». Il a également jugé « injustifiées et irrecevables » les attaques visant le président Aoun. Il a souligné que celui-ci« incarne la légitimité et a pris l’initiative de négociations directes avec Israël, ce qui finira par se produire. Tout le Liban avance derrière lui, à l’exception du Hezbollah ».
Dans la même veine des critiques à l'encontre de M. Aoun, le vice-président du Conseil politique du Hezbollah, Mahmoud Comati avait dénoncé samedi « une ingratitude officielle flagrante » des autorités libanaises, estimant que M. Aoun « a remercié le criminel et l’assassin, sans remercier ceux qui nous ont sauvés, à savoir l’Iran ». Le même jour, le député du Hezbollah Hassan Fadlallah avait menacé lors d’une conférence de presse à Tebnine au Liban-Sud que « quiconque voudra être un nouvel Antoine Lahad » - leader de l'Armée du Liban-Sud, ex-milice soutenue par Israël - « sera combattu comme nous avons combattu Israël ».
Critiques du Futur à l'encontre de Velayati
Par ailleurs, le Courant du Futur, parti fondé par l'ancien Premier ministre assassiné en 2005 Rafic Hariri, a, lui, condamné des menaces d'Ali Akbar Velayati, haut conseiller du guide suprême iranien. Dans un entretien accordé vendredi à l’agence iranienne Fars, il a estimé que « chaque fois qu’un gouvernement libanais s’allie à la résistance, la stabilité et la dignité nationale ont été préservées. Mais chaque fois que des mouvements comme celui de Rafic Hariri ou certaines personnalités, comme Nawaf Salam, ont choisi la voie de la dépendance envers la France et l’Arabie saoudite », cela a conduit à « l’affaiblissement de la souveraineté ». M. Velayati a également estimé que « l’extrémisme actuel contre la résistance (le Hezbollah) constitue un jeu sur le terrain de l’ennemi (Israël) et peut conduire le pays au bord de la désintégration ». Il a également affirmé que la « force de dissuasion » du Hezbollah constituait « la seule garantie » de l’intégrité territoriale du Liban.
Dans un communiqué dimanche, le courant du Futur a dénoncé des « tentatives iraniennes répétées de confisquer la décision libanaise et de semer le chaos dans les sociétés arabes. » « M. Velayati a révélé l’esprit de haine latent au sein de la direction iranienne à l’égard des pays arabes, du courant de Hariri et du Liban, qui paie le prix élevé de l’ingérence iranienne dans ses affaires », a ajouté le parti, qui estime que la position du conseiller iranien « reflète le mécontentement des autorités iraniennes face au rétablissement par l’État libanais de sa décision souveraine dans les négociations. »
Le député joumblattiste du Chouf Bilal Abdallah a quant à lui dénoncé « une nouvelle sortie déplacée » de Ali Akbar Velayati, fustigeant son « ingérence dans les affaires libanaises et ses attaques contre les symboles de l’État et ses présidents, ainsi que contre Rafic Hariri ». « Quelles que soient les tentatives de ces déclarations de semer la discorde entre les Libanais, notre unité nationale restera préservée », a souligné M. Abdallah.
Ces polémiques ont éclaté au troisième jour du cessez-le-feu de dix jours instauré au Liban, après un mois et demi de guerre entre le Hezbollah et Israël. Dès le début du conflit, le président Aoun avait proposé des négociations directes avec Israël en vue de mettre fin à ce cercle vicieux de guerres, mais cette proposition ne s’est matérialisée que le 14 avril, lors d’une réunion inédite des ambassadeurs des deux pays à Washington.




S’ils comptent combattre ceux qui les combattent comme ils ont combattu Israël alors notre président a de quoi se réjouir. Il peut d’ores et déjà les combattre puisqu’on connaît leur puissance de résister. Le Liban est occupé et ils crient victoire. Alors qu’attendons-nous pour leur permettre de crier victoire sur les ruines de leurs tunnels et leurs trous à rats bondés d’armes et de munitions. Vaincus ils seront, mais heureux de mourir pour rejoindre leurs leaders avec leurs vierges réservées d’avance.
13 h 05, le 20 avril 2026