Des embouteillages vers Tyr, le vendredi 17 avril 2026. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
Des milliers d'habitants du Liban-Sud et de la banlieue sud de Beyrouth se sont pressés de regagner leurs foyers situés dans des régions dévastées par la guerre, au petit matin vendredi, après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu de dix jours annoncé par le président américain Donald Trump.
Sur l'autoroute entre Saïda et Tyr, la circulation a fini par reprendre après avoir été quasiment totalement à l'arrêt ce matin, en raison de l'affluence de voitures de déplacés voulant repartir vers le Sud et de la réouverture progressive du pont de Qasmiyé, sur la route côtière qui avait été bombardé la veille. Ce retour se fait malgré l'appel par l'armée israélienne aux habitants de ne pas se déplacer vers le sud du fleuve Litani et son refus de se retirer des larges zones qu'elle occupe au Liban-Sud, sur une profondeur de 8 kilomètres. Dans le cadre du retour, l'armée libanaise, qui avait appelé à ne pas se précipiter vers le Sud, a également mis en garde contre les « objets suspects », qui pourraient être des munitions non-explosées, après qu'un adolescent a été tué dans la journée dans une détonation de munitions à Majdel Selm (Bint Jbeil). Une autre personne a été blessée, rapporte notre correspondant dans le Sud, Mountasser Abdallah.
Réouverture partielle du pont de Qasmiyé
Pour permettre le retour des habitants du Liban-Sud, la route a été totalement rouverte au niveau du pont de Qasmiyé, qui relie les villes de Saïda et Tyr sur la route côtière, après des travaux de l'armée libanaise « en coordination avec les municipalités et des associations locales ». Une unité militaire s’est par ailleurs déployée aux abords du pont, précise la troupe dans un communiqué. Cette infrastructure avait été frappée une nouvelle fois par Israël pendant la journée de jeudi. L'armée libanaise a d’abord empêché le passage sur ce pont pendant la nuit, craignant une frappe, avant de commencer des opérations de terrassement sur le cratère provoqué par le bombardement de la veille, selon notre correspondant au Liban-Sud, Mountasser Abdallah.
La municipalité voisine de Bourj Rahal a également annoncé que la route côtière est désormais ouverte et sécurisée, et que les déplacés peuvent l’emprunter pour rentrer chez eux, bien que le pont sur cet axe reste jusqu'à présent fermé. Plus à l'est, une route secondaire a été rouverte au niveau de Zrariyé - Tayr Felsay, tandis que la route principale, qui passe sur le pont dit « du 6-février », reste fermée à la circulation. Ce pont avait été bombardé le 13 mars.
Impossibilité d'accéder à Khiam, quinze morts à Tyr
Malgré le cessez-le-feu, plusieurs attaques israéliennes ont visé le Liban-Sud vendredi, selon les informations de notre correspondant. Une personne a été tuée dans ces attaques. En fin d'après midi, une frappe israélienne visant une moto et une voiture sur la route Kounine–Beit Yahoun, dans le caza de Bint Jbeil, a fait un mort et trois blessés, dont un de nationalité syrienne, selon le ministère de la Santé.
Dans la matinée, un bombardement d'artillerie israélien et des tirs d'armes automatiques ont visé Kounine, dans le caza de Bint Jbeil, ciblant une équipe du Comité sanitaire islamique (les secouristes du Hezbollah). Ces tirs ont fait plusieurs blessés.
L'armée israélienne a par ailleurs piégé et détruit à l'explosif une partie de Khiam, dans le secteur est. De violents combats ont eu lieu cette semaine dans cette localité, la deuxième la plus importante de la bande frontalière, après Bint Jbeil. Vendredi, l’armée libanaise a bloqué la route au niveau du carrefour Khiam–Marjeyoun–Ebel el-Saqi en direction de Khiam et empêche le passage vers la ville, toujours occupée par Israël. Trois explosions ont également été entendues à Qantara, dans le caza de Marjeyoun, où l'armée israélienne avançait à nouveau jeudi.
Par ailleurs, une frappe israélienne menée au moment de l'entrée en vigueur du cessez-le-feu à Tyr a fait au moins quinze morts, selon le président de la municipalité de Tyr, Hassan Dabbouk. Les opérations de recherche se poursuivent afin de déterminer le sort d’environ dix personnes toujours portées disparues, voire davantage, rapporte-t-il à notre correspondant au Liban-Sud. Selon le maire, la frappe a visé des immeubles comptant au moins cinq à six étages. « Si ces bâtiments avaient été entièrement habités, le bilan aurait été une catastrophe humanitaire encore plus grave », a-t-il estimé, alors que de nombreux habitants de la ville avaient fui Tyr en raison des menaces répétées de l'armée israélienne.
L'Office des eaux du Liban-Sud a annoncé de son côté le décès de quatre de ses employés, « tués alors qu’ils accomplissaient leur devoir national visant à assurer l’approvisionnement en eau des habitants des villages résistants du Sud », sans préciser quand et où ces quatre hommes avaient été tués.


